| N° 20 | Medias d'Iran et d'Asie centrale |
S
O M M A I R E
N° 20 juin - décembre 1995
Nouchine YAVARI
D'HELLENCOURT
Suite d'articles consacrés aux médias en Asie centrale. En Iran, l'invasion culturelle occidentale par le biais des ondes et des satellites défie le pouvoir au moment même où l'on assiste à la difficile émergence de médias (presse, cinéma, radio) indépendants. Dans d'autres pays de la région et, notamment, d'Asie centrale ex soviétique - au Kazakhstan et au Tadjikistan, par exemple - les médias se heurtent à des problèmes de manipulation politique, de manque de moyens (salaires, matériel, formation des journalistes) et d'infrastructures médiocres.
Kazem MOTAMED-NEJAD
L'analyse des rapports entre médias et pouvoir depuis cent cinquante ans en Iran révèle une emprise durable de l'Etat sur l'ensemble des moyens de communication de masse. Après son introduction, la presse audiovisuelle est très rapidement devenue l'instrument exclusif de l'idéologie et de la politique culturelle du pouvoir en place. La presse écrite en revanche, grâce à sa plus grande souplesse de fabrication et à la dispersion d'acteurs plus indépendants, a su représenter une variété d'opinions, à chaque fois que le contrôle du pouvoir central montrait quelques signes de faiblesse. CPC.
Naiim BADII
A content analysis of Tehran daily newspapers investigates the similarities and the differences in news coverage across a variety of local publications. The study reveals the existence of a high similarity in the freedom of the press as well as the attitude to politics during the pre-and the post-revolutionary periods. No major change seems to have occurred in the dynamics of the press over the years under investigation. CPC.
Azadeh KIAN-THIEBAUT
L'article analyse le discours anti-occidental de l'élite islamiste. Celle-ci tente de situer la responsabilité de la crise politique hors de la société iranienne et de la lier aux demandes populaires d'ouverture politique, culturelle, philosophique et économique à l'Occident. La multiplication des antennes paraboliques fournit un exemple parlant des dynamiques sociales à l'uvre : en dépit des interdictions établies par le régime, la population iranienne manifeste ainsi son engouement pour une culture occidentale qui fait désormais partie intégrante de la culture des classes moyennes.AKT.
Nouchine YAVARI
D'HELLENCOURT
L'histoire de la presse écrite en Iran est une succession de longues périodes de censure et d'interdictions, et de courtes périodes d'explosion libératrice. De toutes ces périodes, c'est la dernière - depuis la fin des années 80, et surtout le début des années 90 - qui nous intéresse ici. Elle présente des traits originaux tant sur le plan des rapports entre la presse et le pouvoir que sur celui de la société civile. Après une exploration du contexte et des modalités de la réemergence d'une presse écrite indépendante, le cas de la revue Kyân est analysé afin d'appréhender la fonction socio-politique de l'espace de débat ouvert dans ses colonnes. CPC.
Sétareh
GHAFFARI-FARHANGI
Alors qu'en 1978 les audio-cassettes préenregistrées des sermons religieux-politiques étaient considérées comme des instruments au service de la révolution islamique, en 1995, les nouveaux médias (vidéocassettes et antennes paraboliques) semblent avoir pour effet de neutraliser les efforts considérables de lutte du régime contre l'infiltration de cultures non islamiques, notamment occidentale, en Iran. Malgré leur interdiction, les vidéocassettes des films occidentaux circulent sous le manteau et les antennes paraboliques se multiplient, clandestinement, sur les toits des grandes villes. Les films et les programmes venus d'ailleurs deviennent des concurrents incontournables de la radiotélévision iranienne qui, comme tous les médias de propagande étatique, s'enfonce dans une crise de crédibilité profonde, sensible dans la chute de son audience. Ainsi, l'isolement médiatique et l'islamisation des médias iraniens semblent compromis. Les dirigeants de l'audiovisuel devraient être conduits à réviser leur politique, en allégeant les restrictions qui frappent la production intérieure et en donnant une place plus importante aux programmes ludiques. Encore, faudrait-il, pour ce faire, relever le défi de l'ouverture économique et culturelle. SGF.
Hamid NAFICY
Deux décennies après la Révolution de 1978-1979, le cinéma est devenu partie intégrante de la République islamique. Il n'était pourtant pas en odeur de sainteté auprès des croyants et des clercs. Pour qu'il soit accepté, il a dû engager une restructuration majeure et les cinéphiles s'adapter aux contraintes du régime. Le cinéma post-révolutionaire iranien est un cinéma revivifié qui dispose de ses propres industries, de ses capitaux et affiche une idéologie unique. La réorientation idéologique a permis de multiples ouvertures sur le monde extérieur (?). Rejeté dans le passé comme frivole, le cinéma est redevenu une infrastructure indispensable à la Republique islamique. Autrefois méprisable, le travail dans l'industrie du film est devenu acceptable, voire même respectable, rendant possible l'entrée des femmes dans ce secteur d'activité et l'émergence d'un nombre de femmes cinéastes supérieure, durant la première décennie post-révolutionaire, à celui enregistré au cours des quatre-vingts années précédentes. Les films jugés uniquement sur leur pureté idéologique immédiatement après la Révolution ont été progressivement évalués en fonction de leur capacité à distraire et amuser. De toute façon, nous n'avons plus aujourd'hui affaire à un cinéma islamique, à un cinéma de propagande. En fait, deux types de cinéma coexistent. Le cinéma populiste a pleinement affirmé les valeurs islamiques post-révolutionaires au travers de multiples thèmes. Le cinéma de qualité tente quant à lui de critiquer les conditions sociales sous le gouvernement islamique. Des documentaires ont pu être réalisés sur la révolution, les huit années de guerre avec l'Irak et les luttes sociales. Le maître d'oeuvre de ce mouvement a été la télévision. Avec une exportation de cinquante films par an, dont beaucoup sont récompensés dans des festivals internationaux, le cinéma iranien est devenu partie prenante du nouveau cinéma mondial.HN.
Mehdi MOHSENIAN
RAD
Perçue comme agent de changement dans les attitudes et les habitudes de consommation, la publicité en Iran est aussi le reflet du système économique et de l'organisation du marché au niveau national. Son évolution est évidemment liée aux grands changements socio-économiques du pays, mais elle dépend également d'autres facteurs comme l'expansion économique occidentale et les pratiques politiques du pouvoir. CPC.
Aïgul KOUSPANOVA
De toutes les branches du pouvoir, c'est la " quatrième " qui s'est réformée en premier, bien avant que la République n'acquière son indépendance. Après une période euphorique, l'intérêt pour les médias s'est un peu émoussé. Néanmoins, leur rôle reste capital. Cet article analyse les tendances et les problèmes de développement de ce secteur. CPC.
Mina RAD
Le Tadjikistan fournit un exemple type de pays de l'ex-Union Soviétique ayant basculé dans la guerre civile après avoir accédé à l'indépendance. La situation des médias constitue un prisme intéressant à travers lequel déchiffrer ces dynamiques politiques. Le vent de liberté qui a soufflé sur l'Union Soviétique gorbatchévienne dans les années 1980 avait entraîné une certaine indépendance des médias. Après soixante-dix ans de communisme et de domination totalitaire, la presse devenait le principal lieu de la liberté d'expression. Mais, rapidement contrôlée par les différents groupes se disputant le pouvoir, elle s'est fait le porte-parole de la guerre des idées, les plumes précédant les fusils. CPC.
Dimitrios A.
SOTIROPOULOS
Les relations entre administration et administrés en Grèce ont toujours été dominées par une bureaucratie et des partis politiques tout puissants qui ont jusqu'à présent étouffé les tentatives de formation d'une société civile reposant sur des mouvements sociaux organisés et des négociations du travail équitables. Il semble cependant que, dans la seconde phase de la Troisième Démocratie grecque, une société civile soit en train d'émerger, malgré les pesanteurs d'une "partitocratie" sans comparaison dans les autres pays européens. FNSP.
Witt RACZKA
Avec l'arrivée de Nursultan Nazarbaïev à la présidence du Kazakhstan, le pays s'est engagé, tant sur le plan intérieur qu'extérieur, dans une vaste politique de stabilisation économique, politique et géopolitique. Cependant, les fragilités économiques et ethniques, alliées aux déséquilibres régionaux, risquent de pousser la jeune République dans la voie d'un autoritarisme anti démocratique. FNSP.
Josep ZAPATER
Le conflit du Haut Karabagh a été jusqu'au cessez le feu de 1994 l'un des plus meurtriers issus de la dissolution de l'URSS. Chaque nouvelle offensive a jeté sur les routes de l'exil des centaines de milliers de personnes. Dans l'état actuel des choses, les réfugiés d'Arménie n'ont aucune chance de rentrer chez eux, alors que les "simples" déplacés Azéris ou Kurdes gardent encore quelque espoir de retour. FNSP.
CHAMP LIBRE
"La pratique du ta'ziyé dans l'Iran post-révolutionaire"
par Leïli Echghi
A peine toléré à la fin de l'époque du Chah, le
ta'ziyé (théâtre religieux mettant en scène le martyr
de l'Imâm Hosseïn) s'est trouvé pratiquement interdit dans
les premiers temps du nouvel ordre. Il a fallu une fatwa de l'Ayatollah Khomeini
pour l'autoriser pleinement. Très vite, il est devenu florissant. A l'heure
actuelle, cette forme d'expression semble toutefois tendre à évoluer
vers une représentation théâtrale classique. CPC.
"Women's
issues in the recent Afghan revolutionary movements" par Helena
Malikyar
The progress and regress of women's rights in the course of Afghanistan's modern
history has had a direct correlation with the dynamics of power politics in
that country. From the modernization efforts of King Aman Allah and his reformist
wazir, Mahmoud Tarzi in the 1920's, to the modernist and letist ideologues of
the 1960's, women's legal status and rights to acquire an education and participate
in the national economy constituted an important part of Afghan political rhetoric.
With the Soviet invasion of 1979 and the emergence of Islamist resistance parties
in the 1980's, women's issues became, more than ever, a dominant feature of
political demagoguery. During that time, as in the short period in 1929 when
Habib Allah Kalakani led a reactionary revolution, the slogans and religious
decrees were issued against women's education and female participation in public
life. In short, whether in favor or against women's rights, various ideological
and revolutionary movements in Afghanistan have used the issue as a focal point
in their political discourse. HM.
"Le
retour des cosaques" par Hélène Aymen de Lageard
La renaissance des
cosaques apparaît comme un vaste mouvement social encouragé à
l'origine par le parti communiste, et surveillé de près par le
ministère de l'Intérieur et de la Défense pour son potentiel
militaire. Ce mouvement reflète avant tout le désarroi d'une part
importante de la société russe, et rassemble les perdants et ceux
qui, ne voulant pas se perdre, se raccrochent au mythe d'un passé dont
les vertus seraient salvatrices. Il pourrait se présenter comme une troisième
voie, entre les démocrates et Jirinovski. Mais il est avant tout profondément
réactionnaire, nationaliste et antisémite, et dans ses conditions,
il ne concourra pas à la modernisation de la société russe.
Peut-être ne s'agit-il que d'un feu de paille qui s'éteindra de
lui-même lorsque la Russie aura retrouvé la stabilité économique
et la croissance. CPC.
Chronique
scientifique
"L'Afghanistan
d'une guerre à l'autre : évolutions internes et dynamiques régionales"
par Alessandro Monsutti
Après le départ des troupes soviétiques en 1989 puis l'effondrement
de l'URSS et la fin de la guerre froide, l'opinion publique s'est désintéressée
du sort de l'Afghanistan, dont la situation interne apparaissait totalement
inintelligible. Pourtant, l'Afghanistan, qui a récemment fait parler
de lui dans les médias par l'irruption soudaine d'un nouvel acteur sur
la scène politico-militaire, les tâlebân - les étudiants
des écoles religieuses supérieures -, reste au cur d'enjeux
politiques et économiques complexes. CPC.
Chronique
artistique
"Orhan
Pamuk at the heart of Turkish sadness" par Andrew Mango
Orhan Pamuk was an renown author, when he published his lastest novel Yeni Hayat
(The New Life) at the beginning of October 1994. Even so, the success of his
work was impressive. Yeni Hayat is a pamphlet against violence, whose roots
O. Pamuk understands all too well. It represents a major contribution to the
understanding of certain periods in Turkey's history and offers a symbolic reference
point to the millions of people, outside or inside Turkey, who live in squator
and have nonetheless learned to preserve their common sense. Andrew Mango finds
it comforting that the book found so many readers in Turkey. CPC.
"Présences
du cinéma turc" par Nicolas Monceau
Après avoir connu une période de prospérité et d'expansion
sans égale (les années 1960 et 1970 ont marqué son âge
d'or, avec une production nationale culminant à 200, voire à 300
longs métrages par an), le cinéma turc traverse depuis les années
1980 de graves difficultés. La concurrence des chaînes de télévision
privées et de la vidéo, la domination des "majors" américaines
sur le marché, ainsi que la crise économique sont les principaux
facteurs de cette évolution. Malgré l'effacement de la production,
le cinéma turc contemporain se caractérise toujours par une richesse
et une variété de genres : comédies, mélodrames,
films d'action et aventure, uvres psychologiques ou "engagés"
en forment la matière. Trois films turcs récents, qui interrogent
avec pertinence l'évolution politique de la Turquie, sont plus particulièrement
observés ici : Brouillard (Sis), de Zülfü Livaneli
; Le consensus (Uzlasma), de Oguzhan Tercan; Cur de verre
(Camdan kalp), de Fehmi Yasar. NM.
"Le
cinéma fait son dialogue" par Mojdeh FAMILI
Parmi les ouvrages de synthèse sur la Turquie le livre écrit en
collaboration par Semih Vaner, Deniz Akagül et Bahadir Kaleagasi (La Chronique
du symposium intitulé Loin de la maison, organisé par Bassir Nassibi,
qui permet la rencontre de générations et d'individualités
venues d'horizons variés autour du cinéma et de la culture iranienne.
CPC.
Activités
de l'AFEMOTI
"Le
paysage audio-visuel turc" par Nicolas Monceau
Trois lignes directrices ont été dégagées au terme
du séminaire international sur "le paysage audiovisuel turc",
organisé à Paris le 12 juin 1995 par l'AFEMOTI. Celui-ci avait
pour but de dresser un premier bilan d'un secteur engagé, depuis une
dizaine d'années, dans une profonde restructuration. Trois éléments
d'analyse sont à retenir :
- La télévision ou le miroir social. A travers l'écran,
les Turcs cherchent leur image, leur identité, celle de leur pays. Il
est important de souligner la force de ce média, son impact dans un pays
dont beaucoup de régions demeurent encore de tradition orale, ainsi que
son rôle - en tant qu'acteur contribuant au débat - dans la crise
d'identité que traverse la société turque.
- Les problèmes institutionnels. Depuis quelques années en Turquie,
le passage d'une société très fortement dominée
par l'Etat à une "société civile" en voie d'émancipation
relative, a créé des tensions institutionnelles et normatives
dans tous les domaines de la vie sociale, y compris dans celui de l'audiovisuel
(vide juridique auquel sont confrontées de nombreuses chaînes privées).
- Les "liaisons dangereuses", ou le mélange des genres entre
puissance économique, pouvoir politique/gouvernemental et médias.
Derrière le pluralisme apparent des médias, se profilent une concentration
et une monopolisation très fortes. Le PAT est, selon l'expression d'un
participant, en voie de "berlusconisation" en raison des liens "incestueux"
qui se nouent entre autorité politique et pouvoir économique.
Cette confusion a notamment pour conséquence de confronter les médias
turcs à des problèmes déontologiques et éthiques
graves, concernant, par exemple, l'indépendance des journalistes. CPC.
"Türksat
et les Républiques turcophones de l'ex-URSS" par Stéphane
de Tapia
Trois lignes directrices ont été dégagées au terme
du séminaire international sur "le paysage audiovisuel turc",
organisé à Paris le 12 juin 1995 par l'AFEMOTI. Celui-ci avait
pour but de dresser un premier bilan d'un secteur engagé, depuis une
dizaine d'années, dans une profonde restructuration. Trois éléments
d'analyse sont à retenir :
- La télévision ou le miroir social. A travers l'écran,
les Turcs cherchent leur image, leur identité, celle de leur pays. Il
est important de souligner la force de ce média, son impact dans un pays
dont beaucoup de régions demeurent encore de tradition orale, ainsi que
son rôle - en tant qu'acteur contribuant au débat - dans la crise
d'identité que traverse la société turque.
- Les problèmes institutionnels. Depuis quelques années en Turquie,
le passage d'une société très fortement dominée
par l'Etat à une "société civile" en voie d'émancipation
relative, a créé des tensions institutionnelles et normatives
dans tous les domaines de la vie sociale, y compris dans celui de l'audiovisuel
(vide juridique auquel sont confrontées de nombreuses chaînes privées).
- Les "liaisons dangereuses", ou le mélange des genres entre
puissance économique, pouvoir politique/gouvernemental et médias.
Derrière le pluralisme apparent des médias, se profilent une concentration
et une monopolisation très fortes. Le PAT est, selon l'expression d'un
participant, en voie de "berlusconisation" en raison des liens "incestueux"
qui se nouent entre autorité politique et pouvoir économique.
Cette confusion a notamment pour conséquence de confronter les médias
turcs à des problèmes déontologiques et éthiques
graves, concernant, par exemple, l'indépendance des journalistes. CPC.
Chronique
bibliographique
Alexandre Jevakhoff, Kemal Ataturk : les chemins de l'Occident, Paris,
Tallandier, 1989, 490 p., par Andrew Mango
Le lecteur qui s'intéresse tant à la vie et à l'oeuvre
d'Atatürk qu'aux fondements de la Turquie contemporaine trouvera dans le
livre de d'Alexandre Jevakhoff tous les éléments nécessaires.
Le récit est clair et, à quelques détails près,
exact ; le style entraînant. Le spécialiste lui sera reconnaissant
d'avoir mis au jour des documents tels que les rapports de l'attaché
militaire français, Courson de la Villeneuve, qui observa Atatürk
de près, d'un il plutôt ironique, vers la fin de sa vie.
Le spécialiste ne reprochera à l'auteur qu'un défaut, qui
n'intéresse pas le grand public auquel le livre est destiné :
c'est que les sources ne sont pas indiquées de façon très
précise, même pour des citations entre guillemets. AM.
Büsra Ersanli-Behar (dir.), Bagimsizligin ilk yillari, Ankara, T.C.
Kültür Bakanligi Millî Kütüphane Basimevi, 1994, 298
p. par Etienne Copeaux
L'ouvrage est d'un très grand intérêt, ne serait-ce que
parce qu'il repose sur une riche expérience de terrain des auteurs. Il
témoigne d'un état d'esprit nouveau, car ici le discours sur l'Asie
turcophone s'affranchit de considérations politiques turques, et le fait
que le ministère de la Culture édite un tel ouvrage est une nouveauté
intéressante. Surtout, il met à la disposition du public des informations
et des réflexions nouvelles, particulièrement dans les domaines
du processus de construction des Etats, des politiques culturelles et des politiques
étrangères des cinq Républiques considérées.
En bref, c'est un travail qui mériterait d'être traduit pour le
rendre accessible à un public non turcophone. EC.
Abbas Vali, Pre-capitalist Iran A Theoretical History, Londres et New-York,
I.B. Tauris & Co Ltd, 1993, 290 p., par Hamit Bozarslan
Partant d'une réflexion sur l'historiographie (iranienne, iranisante
ou marxiste) et ses présuposés épistémologiques
définis comme empiristes, Abbas Vali nous livre un travail dense autant
sur la nécessité d'une dimension théorique du discours
historique que sur l'Iran pré-capitaliste proprement dit. S'inscrivant
dans la tradition anglo-saxone de critique théorique, son étude
vise à mettre en uvre un modèle et non pas un schéma
observable dans le temps. Elle ne se propose nullement de se substituer aux
travaux existants sur le sujet, mais de tester leur validité théorique
et d'être une critique de l'empirisme défini comme "the common
consequence of diverse theoretical and philosophical traditions which identify
knowledge with the essence of the real as present in fact, given and self-explanatory".
CPC.
Colette
Establet, Jean-Paul Pascual, Familles et fortunes à Damas, 450 foyers
damascains en 1700, Damas, IFEA, 1994, 221 p., par Yolande Triantafyllidou-Baladie
Etude de
450 foyers damascains d'après les " Inventaires après décès
" ottomans (par des moyens informatiques). L'analyse des résultats
est révélatrice de la vie économique, sociale (composition
des richesses) et religieuse (mariages, pélerinages) de l'époque,
mais aussi du mouvement démographique. La présentation, accompagnée
de nombreux tableaux et graphiques très utiles, n'en donne pas moins
une impression très vivante des hommes et de la ville de Damas au XVIIe
siècle. YTB.
Elena
Frangakis-Syret, The Commerce of Smyrna in the eighteenth century (1700-1820),
Athènes, 1992, 375 p., par Yolande Triantafyllidou-Baladie
L'étude intéressante de "l'Echelle de Smyrne au XVIIIe siècle"
qui s'ajoute à la série des monographies parues ces dernières
années sur les Echelles du Levant. La documentation est en grande partie
française. L'auteur décrit le port de Smyrne, qui devient, surtout
à partir du milieu du XVIIIe siècle, avec ses nombreux marchands
et financiers de plusieurs nationalités, un des plus importants de la
Méditerranée Orientale. Le commerce de toutes sortes de produits
venant de l'intérieur du pays mais aussi de la Perse (textiles, soie
en particulier) aboutissent au port pour être exportés vers l'Occident,
et surtout vers la France qui, à cette époque, a un grand besoin
de matières premières pour ses fabriques en plein essor. En même
temps tous les produits, en particuliers manufacturés, de l'Occident
arrivent à Smyrne pour être par la suite redistribués à
l'intérieur de l'Empire. YTB.