N° 33 Musulmans d'Europe

S O M M A I R E
N° 33 janvier-juin 2002

 

 

Semih VANER
Editorial (texte intégral)

 

Jocelyne CESARI
Introduction

La dynamique d'incorporation des populations immigrées dans l'espace européen s'accompagne d'une nécessaire adaptation de l'islam au contexte européen. Cette adaptation est dans certains cas un processus de sécularisation des références religieuses, dans d'autres cas un retour aux sources de la tradition islamique qui peut prendre des formes radicales. Deux défis sont particulièrement centraux dans la creation d'un islam européen: d'une part la collusion entre islam, ethnicité et pauvreté qui se produit dans certaines parties des espaces urbains européens, d'autre part, l'absence d'un renouveau théologique significatif et l'émergence d'une élite religieuse européenne.

 

FORMES DE MOBILISATION ET D'ORGANISATION DE L'ISLAM

Jocelyne CESARI, Sakina BARGACH et Damian MOORE
L'islamisation de l'espace public français

Les résistances à considérer l’islam comme l’une des composantes du paysage religieux et culturel français se sont incontestablement atténuées pendant la décennie 1990, en particulier au niveau local. L’inscription d’une vie communautaire islamique dans l’espace urbain (correspondant au passage des salles de prière, souvent invisibles et anonymes, à la mosquée), comme dans les autres pays européens d’immigration ancienne, ne suscite plus de résistance ouverte. Deux raisons peuvent être invoquées pour expliquer cette acceptation progressive. Tout d’abord, la politique du ministère de l’Intérieur par le biais du bureau des cultes a comme objectif depuis 1989 d’ériger l’islam en minorité confessionnelle reconnue par l’Etat. Le second élément à prendre en compte dans la réduction du conflit autour des mosquées est l’émergence d’une nouvelle génération de leaders. Les cas de l’islam à Marseille et Toulouse illustrent cette évolution récente. Dans les deux villes, le projet d’une grande mosquée stagne depuis longtemps. Dans les deux villes, la situation est en train d’évoluer en raison de l’émergence des élites musulmanes dans un débat longtemps dominé par les représentants de l’islam immigré. A Marseille, après la période de résistance à la construction d’une mosquée durant « l’ère Gaston Defferre », la logique dominante depuis 1989 est celle de la consultation de toutes les tendances au sein de la population musulmane locale afin de faire émerger un relatif consensus sur la construction de la future mosquée. A Toulouse, la négociation demeure fragmentée entre le pouvoir municipal et les principaux leaders islamiques.

 

Jocelyne CESARI
Les courants et les associations musulmans en France

On trouvera ici un exposé des principaux regroupements musulmans en France avec leur origine, leur consistance, leur orientation) ainsi qu’un point sur le problème délicat de l’évaluation du nombre de musulmans présents sur le territoire français.

 

Sean McLOUGHLIN
Recognising Muslims: Religion, Ethnicity and Identity Politics in Britain

In this short paper I want to trace the emergence and maturation of a Muslim identity politics in Britain during the 1980s and 1990s. I begin, before the events of the Rushdie Affair in 1989, with an examination of the first crystallisation of Muslim assertiveness on the local level, with special reference to the city of Bradford in West Yorkshire. Bradford is currently home to around 80 000 Muslims who make up 16% of the total population and over half of all numbers in key inner city wards. Throughout the 1980s Bradford became something of an icon of multiculturalism in Britain with its recognition of Muslim ‘rights’ in the public space and especially state education. My paper continues with an exploration of why, by the time of the Rushdie Affair, there was a need for Muslim identity politics to shift to the national level. This is followed by some reflections on the Rushdie Affair itself, during which I highlight the different orientations of some of the Islamic organisations presently represented in Britain. Elite Muslim organisations tend to be politically engaged on the national level but lack in substantial support at the grassroots. By contrast, other movements with power-bases in mosque networks routinely combine devotionalism or scripturalism with an ethnic orientation towards the Indian-subcontinent. The final part of my paper concerns the increasing recognition of Muslims as ‘Muslims’ on a national level in the decade or so between the Rushdie Affair and September 11 2001.

 

Ural MANçO et Meryem KANMAZ
De la pathologie au traitement : la gestion municipale de l’islam en Belgique

La Belgique passe pour être le pays européen le plus avancé en matière de reconnaissance officielle du culte islamique. L’objectif de cette contribution est de montrer, au départ du traitement municipal de l’islam, que cette reconnaissance est, au contraire, lacunaire. Dès les années 1970, des municipalités, confrontées à une présence de musulmans sur leur territoire, ont dû faire face à un vide politico-légal laissé par l’Etat belge en prenant des décisions parfois arbitraires dans des matières qui n’avaient pas encore de dispositions légales. Certains politiciens municipaux ont même fait de l’islamophobie un cheval de bataille électoral. Ils sont parvenus, jusqu’aux années 1990, à influencer les orientations gouvernementales en matière d’immigration (musulmane) et de reconnaissance officielle du culte islamique. Depuis, un nouveau modèle relationnel se met en place. Il se caractérise par une relative bienveillance des autorités locales et par un début de collaboration pour la reconnaissance de la liberté de culte des musulmans. Des facteurs politiques et sociaux, comme l’apparition d’un électorat et de mandataires publics musulmans, ainsi que l’arrivée d’une nouvelle génération de dirigeants d’associations islamiques, semblent présider à une telle normalisation. Afin de fournir une illustration empirique à cette transformation des mentalités municipales, trois sites d’observation sont comparés : Anvers, Gand et Schaerbeek. Ces municipalités mettent aujourd’hui en place une certaine reconnaissance de l’islam et des musulmans. Mais celle-ci est dictée par des considérations politiques locales. Le culte islamique et la présence musulmane connaissent une instrumentalisation politique même lorsqu’ils sont en passe de s’intégrer dans le paysage sociopolitique. Au-delà des différences linguistiques (néerlandophone et francophone) et des spécificités des régions du pays, il est donc possible de démontrer que la présence de l'islam et des musulmans est gérée au niveau local au « cas par cas », par des politiques pragmatiques, voire opportunistes dans certaines situations.

 

Chantal SAINT-BLANCAT et Ottavia SCHMIDT DI FRIEDBERG
Mobilisations laïques versus mobilisations religieuses en Italie

Les mobilisations laïques et religieuses sont le reflet du cumul de plusieurs processus contradictoires mais complémentaires. Elles expriment à la fois une volonté d’insertion individuelle dans la société italienne, une demande légitime de participation à la vie publique laïque sous différentes formes et le besoin pour de nombreux musulmans de s’identifier dans une communauté encore à construire; mais elle témoignent aussi du poids du regard de l’Autre sur les stratégies que les musulmans adoptent dans l’espace public italien. L’on ne saurait comprendre la typologie des mobilisations et la structure du mouvement associatif sans tenir compte de la construction sociale d’une «exception musulmane» qui dessine en fait l’espace d’interaction disponible entre les musulmans et la société italienne. C’est ainsi qu’il faut lire par exemple la surreprésentation des associations religieuses musulmanes au sein du réseau associatif étranger, comme les difficultés rencontrées dans la construction d’un islam italien susceptible d’assumer son pluralisme interne. Le champ associatif apparait toutefois pour les musulmans comme une des rares opportunités de devenir «acteur» sur la scène publique afin de «déconstruire» le discours dont ils sont l’objet et de multiplier les occasions d’interactions sociales, en particulier au niveau local. Difficultés à trouver un style de communication publique, tensions et médiations accompagnent aujourd’hui cette entreprise de visibilité sociale.

 

LES ENJEUX DE LA TRANSMISSION DE L'IDENTITÉ RELIGIEUSE

Stéphane LATHION
La jeunesse musulmane européenne : vers une identité commune?

L’objet de l’étude vise à faire le constat de l’existence de musulmans auteurs d’un discours unificateur. Malgré des origines, des parcours différents et des contextes distincts, la possibilité d'une rencontre des musulmans autour d'un discours qui se réfère aux sources (Coran et Tradition du Prophète) mais qui tient compte du contexte européen afin d'élaborer une jurisprudence islamique (fiqh) adaptée à la société dans laquelle ils vivent. Nous voulons mettre en évidence, à l'aide d'exemples et de propositions concrètes, l’existence d’une réelle volonté des musulmans européens engagés de participer au développement de la société à laquelle ils appartiennent. Ce que nous souhaitons mettre en évidence, enfin, c'est le fait que, contrairement à l'idée souvent avancée, l'islam peut être un facteur d'intégration pour la jeunesse musulmane née et élevée en Europe. Ces musulmans que nous appelons « engagés » revendiquent, tout en respectant le cadre légal européen, leur identité islamique. Ils se considèrent à la fois musulmans et Français, Anglais ou Suisses sans qu'il y ait, à leurs yeux, incompatibilité ou conflits d'intérêts. Loin des problèmes d’appartenances et de l’absence de points de repères (lieux ou personnes) dont ont pu souffrir leurs aînés dans les années quatre-vingt, les jeunes musulmans européens désireux de vivre leur foi en Europe bénéficient de possibilités d’encadrement autrement plus diversifiées. Ces jeunes responsables associatifs sont le moteur d’une transformation du paysage musulman européen : l’expérience personnelle, le contexte social ont interrogé la foi avant d’être le moteur d’un engagement, d’une réflexion et de l’élaboration d’un discours.

 

Valérie AMIRAUX
Expériences de l’altérité religieuse en Allemagne : islam et espace public

La situation de l’islam en Allemagne a considérablement évolué ces dix dernières années. Une population rajeunie et diversifiée de jeunes musulmans, toujours majoritairement d’origine turque, a tout d’abord modifié l’offre associative et contribué à faire émerger de nouvelles revendications interrogeant directement les pouvoirs publics au niveau fédéral voire localement. Deux débats permettent de revenir en détail sur la formulation publique des questions posées par les Musulmans d’Allemagne. L’instruction religieuse à l’école pose tout d’abord la question de l’égalité de traitement des élèves musulmans. Comment parvenir à résoudre l’équation du besoin d’éducation et de l’absence d’interlocuteur unique parmi les représentants associatifs ? La polémique autour du port du foulard par une jeune enseignante dans une région du sud de l’Allemagne a par ailleurs ouvert le dossier des musulmans de nationalité allemande. Comment concilier islam et neutralité de l’Etat ? Les lectures du contexte allemand doivent dorénavant dépasser le débat sur la nationalité. Cet article revient sur les débats actuels autour de l’islam en Allemagne et tente d’analyser les étapes de la construction de ceux-ci comme problème public.

 

Irka-Christin MOHR
Islamic instruction in Germany and Austria : a comparison of principles founded in religious thought (texte intégral)

In this essay, I compare three models of Islamic instruction developed by Islamic organizations in Germany and Austria. Examining their syllabi and teaching material I document the ways in which their stances toward the religious sources, toward community and toward society were argued from both a religious/theological and contextual perspective. Islamic terms such as, for example, umma, ‘ibadat and shari’a thus are connoted quite differently and are conceived in relation to other terms and existing conditions in Germany and Austria. In this manner, each of the three organizations purport to be offering instruction in the (one, true) Islam, while at the same time reinforcing their local image and identity.

 

Catherine de WENDEN
En guise de conclusion. Islam, immigration et intégration européenne (texte intégral)

L’islam en Europe est multiple et se diversifie au fil de la mondialisation des migrations qui touche l’Europe et de l’européanisation des « façons d’être musulman ». Il fait aussi l’expérience de sa nouvelle condition de religion minoritaire dans un cadre laïcisé, de religion des pauvres aussi et prend son autonomie par rapport à l’islam des pays de départ. Loin de l’image volontiers sécuritaire qui en a été donnée par la presse de l’après 11 septembre, un islam populaire cherche à faire souche à travers les enjeux de l’enseignement de l’islam aux enfants et de sa représentation dans les instances de dialogues avec les Etats d’accueil.

 

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Régis DARQUES


La Grèce et l’Europe : une intégration paradoxale

L’intégration de la Grèce à l’Europe communautaire en 1981 a eu des effets remarquables sur le développement du pays. Le redressement socio-économique spectaculaire opéré en quelques années a bouleversé les paysages et transformé les mentalités. L’analyse comparée des principaux indicateurs statistiques par rapport aux autres Etats européens est un moyen efficace de mesurer les progrès réalisés. Face aux impératifs de normalisation bruxellois, la Grèce a fait preuve de capacités d’adaptation étonnantes sans renier son héritage culturel propre. Le positionnement géopolitique d’Athènes face à une péninsule balkanique meurtrie par des années de conflits et de crises économiques à répétition sera éclairé à la lumière de ces changements.

 

Samim AKGÖNÜL
Les activités du Patriarcat « œcuménique » de Phanar dans les années 1990 et l’opinion publique turque

Tout au long de la République turque le Patriarcat " œcuménique " a suscité beaucoup d'interrogations et de passions dans l'opinion publique. Les uns l'ont accusé continuellement de traîtrise, les autres l'ont considéré comme une institution locale donc sans danger et enfin certains le considèrent depuis peu comme un allié face à l'Occident. C'est ainsi que les trois dimensions de cette institution (locale vis-à-vis de la minorité grecque de Turquie ; bilatérale dans le cadre des relations gréco-turques, et internationale dans sa volonté d'œcuménicité) ont toujours rendu difficile son appréhension globale. Depuis l'arrivée de Vartholoméos à la tête du Patriarcat les choses évoluent. Le rapprochement gréco-turc, les relations cordiales que ce dernier entretient avec les responsables d'Ankara et avec une partie de la société civile ainsi que la quasi-disparition de la minorité grecque de Turquie font qu'une partie de l'opinion publique turque a une approche positive du Patriarcat. Il est bien évident que Phanar continue à agacer certains milieux nationalistes et islamistes, assez forts en Turquie.

 

Ali ERGUR
L’émergence de la vie endettée : une analyse sur les modes de consommation et la transformation de la perception du temps des employés du secteur financier en Turquie à travers l’usage de carte de crédit

Instrument relativement récent, la carte de crédit a conquis en Turquie une part considérable dans l’ensemble de l’économie. Bien qu'elle semble coexister avec les anciens moyens d’échange, elle occupe en fait une place nettement privilégiée au centre des relations sociales, tout au moins dans les contextes modernes et urbains, qui désormais ne se comportent plus selon une logique d’épargne. Durant les années 1980, la Turquie a expérimenté un changement de structure générale aboutissant à l’institutionnalisation d’une rationalité économique s’érigeant sur l’immédiateté. La volatilité qui s’en dégage contribue à former un milieu social où la seule mesure de validité est le règne de l’argent, ce qui, inévitablement, accentue la fonction de consommation comme presque l’unique possibilité de s’exprimer au plan social. Consommer à l’aide de la carte de crédit signifie, dans ces conditions, l’emprunt systématique d’identités. Son rôle joint les nécessités structurales d’une culture de consommation, à travers des stratégies intégrantes. La Turquie n'echappe pas aux répercussions de l’expansion rapide de l’usage des cartes de crédit et des crédits à la consommation. La conversion intense de l’individu en consommateur dégrade systématiquement la subjectivité qui lui était immanente. Cette évaporation plus ou moins généralisée des spécificités individuelles impose à la psyché humaine un effet de concentration sur la perception du temps des consommateurs, d’où une existence dont les liens historiques sont rompus. Cette désorientation implique une impossibilité pour l’individu de s'inscrire dans le temps et notamment la disparition du futur comme projet. L’expérience sociale d'une vie constamment endettée génère l’apparition d’un présent défuturisé et d’un futur différé, qui légitiment le moment de jouissance instantanée comme seul domaine de perception. Cette recherche tend à démontrer les caractéristiques principales de cette nouvelle expérience sociale, surtout celles construites sur l’endettement dispersé, à travers l’exemple des employés du secteur financier, comme reproducteurs du système.

 

Boris PETRIC
La mahalla vecteur de construction d’un imaginaire national dans l’Ouzbékistan post-soviétique

La communauté de voisinage occupe une place prépondérante dans l’imaginaire politique de l’Ouzbékistan post-soviétique. La mahalla recouvre un sens polysémique et n’incarne pas seulement une manière spécifique d’organiser le politique. Cette forme d’organisation sociale ne constitue pas une spécificité nationale et existe dans d’autres sociétés musulmanes. À travers l’histoire de l’espace ouzbek, elle a été l’objet d’une manipulation des différents pouvoirs. Dans la volonté actuelle de se différencier avec les pays voisins, la mahalla s’affirme aujourd’hui dans le discours politique comme l’un des marqueurs nationaux de la nouvelle ouzbékité. Elle est également devenu la première circonscription politico-administrative de l’Etat ouzbek indépendant et continue cependant d’être avant tout un lieu privilégié des échanges sociaux. On assiste néanmoins à une redéfinition des relations sociales qui donne alors un sens inédit à la mahalla qui s’apparente davantage à l’invention d’une tradition qu’à la renaissance d’une forme sociale disparue à l’époque soviétique.

 

Michel MAKINSKY
L’Iran : un pouvoir paralysé

Les réformateurs du Président Khatami, quoique bénéficiant d’un soutien populaire jamais démenti par les urnes, sont, aujourd’hui, dans une situation particulièrement inconfortable dans la mesure où nombre de réformes urgentes, qu’elles soient de nature économique, sociale, politique, voire institutionnelle sont bloquées par les alliés du Guide Khamenei grâce au pouvoirs de censure du Conseil des Gardiens de la révolution et du Conseil du Discernement présidé par Rafsandjani. La population manifeste un rejet croissant de l’emprise du clergé, de l’interventionnisme des militants du régime, aspire à la liberté et on commence à enregistrer l’expression d’une déception chez ceux qui se demandent si finalement Khatami a suffisamment de volonté et de courage pour se heurter frontalement aux conservateurs. Ces derniers multiplient exactions et provocations, notamment à l’aide des services secrets et des activistes à leur dévotion tandis que le harcèlement judiciaire des média, des opposants (dont le MLI), des parlementaires et des ministres connaît une ampleur sans précédent. On peut parler d’une stratégie de la tension où les durs du régime espèrent entraîner soit un faux pas des alliés de Khatami, notamment les étudiants, soit une démission de ce dernier. Le bloc réformateur dont le caractère hétérogène nuit grandement à sa cohérence, n’a guère paru capable d’échafauder une stratégie politique conséquente et on peut se demander si on n’est pas à la veille d’une recomposition forcée du paysage des partis. La guérilla que se livrent les deux camps déteint fortement sur la politique étrangère de l’Iran où l’on voit que les groupes de pression tels que le Hezbollah, s’emploient méthodiquement à battre en brèche les orientations du Président et du gouvernement à propos du dossier libanais et israélo-palestinien, de l’Afghanistan et du terrorisme. Les perspectives de dialogue avec les USA sont l’occasion d’une cristallisation de cet affrontement qui engendre chez les américains le sentiment d’une duplicité du président. Au bout du compte, comment parvenir à se débarrasser du velayat-e faqih, justification des pouvoirs exorbitants du guide et des institutions à sa dévotion, est la question qui est au cœur du paysage politique iranien à venir.

 

CONTREPOINT

Michel Gilquin "Retour sur la crise turco-syrienne d’octobre 1998 : une victoire des militaires turcs "
La crise turco-syrienne d’octobre 1998 qui a mené les deux pays au bord de l’affrontement militaire a abouti au départ d’Öcalan et à la fermeture des bases du PKK au pays de Hafez el Assad. Elle fut alors ressentie comme un triomphe par la Turquie dans son combat contre le séparatisme kurde. Trois ans avant le 11 septembre, la question du « terrorisme » – concept qui (dis)qualifie les moyens davantage que les fins poursuivies – est apparue comme centrale dans des relations inter-étatiques, transcendant les autres contentieux. En ce sens, la crise entre Ankara et Damas fut annonciatrice d’une nouvelle hiérarchisation des priorités sur les agendas des chancelleries. Elle consacra aussi l’irruption de la Turquie comme puissance militaire incontournable sur l’échiquier proche-oriental, confortée en cela par les accords passés entre son armée et celle de Tel-Aviv. Par delà ces aspects géostratégiques régionaux, ne fut-elle pas aussi un moment fort consacrant la reprise en mains par la haute hiérarchie militaire turque des destinées du pays à l’intérieur, après une période d’instabilité et la mise à l’écart du Refah ? Après la crise turco-syrienne de 1998, et en dépit de sa résolution positive pour Ankara, restent toujours posés – avec quelles promesses de règlement ? – les grands défis : la question kurde, le fonctionnement de la démocratie, avec pour toile de fond le rôle de l’armée dans la vie politique, et enfin la construction de relations pacifiques durables avec le voisin syrien.

 

Chronique scientifique

Juliette Sargnon, "La Turquie dans les politiques américaine et européenne. Convergences, divergences et interactions"
La journée d'étude du CERI du 10 et 11 décembre 2001 a porté sur le thème de «La Turquie dans les politiques américaine et européenne ». Il s'est agi de débattre du rôle de la Turquie dans les stratégies politiques, militaires et économiques des Etats-Unis et de l'Union européenne principalement. Les trois sessions ont permis de distinguer des grandes problématiques telles les enjeux réciproques et « trilatéraux » que représentent une potentielle intégration de la Turquie à l'Union européenne ; ou encore la problématique du rôle potentiel et effectif que joue la Turquie sur la sécurité de la région et des conséquences des alliances ; également la problématique de la place de la Turquie en tant que puissance économique à la fois fragile au plan national mais potentiellement stratégique au plan régional, et de ce que cela peut signifier pour les deux grands occidentaux.

 

Chronique bibliographique

Greek-Turkish Relations in the Era of Globalization de Dimitris Keridis et Dimitrios Triantaphyllou, par Gilles Bertrand
Cet ouvrage collectif prétend renouveler l'approche des relations gréco-turques, notamment en ce qu'elles seraient affectées par la mondialisation/globalisation, mais aussi, sinon surtout, après les récents développements à savoir les crises des missiles S300 puis Öcalan, le rapprochement accéléré par la solidarité bilatérale exprimée lors des tremblements de terre de l'été 1999, la décision du Conseil européen de placer la Turquie sur la liste des États candidats à l'adhésion à l'Union européenne enfin. Les coordonnateurs annoncent une approche interdisciplinaire («intégrant la politique comparée, la sociologie historique et d'autres sciences sociales dans l'étude de relations internationales») qui n'est vraie que pour quelques-unes des contributions. Malgré la qualité de certaines contributions (notamment celles de Cæsar Mavratsas, de Tozun Bahcheli, et de Kalypso Nicolaidis), l'ensemble de l'ouvrage déçoit par l'incapacité à sortir des schémas traditionnels d'analyse des relations internationales (du type «réaliste» et «néo-réaliste»). Reste que l'ouvrage a le mérite de faire le point sur l'état de la recherche (du moins en langue anglaise, grecque, et turque dans une moindre mesure, autre faiblesse) et donne une très bonne vue d'ensemble des différends et de la situation présente.

 

AFEMOTI (Séisme) Disaster stories for professionals par Meltem Kora et Deniz Yücel
After the 1999 earthquakes in Marmara region in Turkey, mental health professionals who were working in the disaster area were affected in varying extents along with a vast population. Some of this influence on this professional group was conveyed as research data regarding their work orientation but the personal experience behind these studies has not been uttered. In our narrative we do not go through any scientific data or argument but rather share the emotional burden and sometimes the chaos of working with trauma through our personal notes. The reader will find the common human vulnerabilities, pscyhological regressions, fear and conflict the narrators went through while a structured cognitive-behavioural group therapy was conducted for the earthquake survivors. This narrative points to the heartfelt fact that science or professional proceedings cannot be realized without the humane component of emotions.

 

Résumés/Abstracts

 

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