N° 6 Modernisation autoritaire et réponses des sociétés en Turquie et en Iran (II)

S O M M A I R E
N° 6 juillet - décembre 1988

 

Editorial

 

YAVARI D’HELLENCOURT Nouchine


Les intellectuels face à l’Occident et à la modernisation autoritaire en Iran : Al-e Ahmad, Shari’ati et Motahhari

Lorsque l’Etat Pahlavi a entrepris un processus de modernisation autoritaire, il a été soupçonné de servir l’étranger au détriment de l’intérêt national et il a suscité des réactions de rejet et de résistances. Les trois intellectuels nommés ont marqué ce mouvement de protestation par leur analyse de l’Occident, de la modernité, du changement social et de leurs rapports avec l’identité culturelle.

 

AHANO Marcel


Pour une analyse politique des foules iraniennes

Toute la problématique de l’approche des grandes mobilisations politiques peut être évoquée dès lors qu’on traite du thème des foules dans l’Iran moderne. Un classement des auteurs et des responsables selon la nature de leur discours – « le peuple, les foules immatures... »- sur la contestation permet, en ce sens, de repérer, comme dans le cas des révolutions européennes, l’enjeu politique qu’est devenue la montée de l’effervescence islamiste. Dans cet inventaire, rares sont les interprétations appréhendant la dynamique de la contestation en fonction des atteintes aux pouvoirs traditionnels. Or la contestation conduite par les ‘olama semble devoir être analysée à partir de la mise en forme religieuse d’un refus des actions de l’Etat. Pour autant, on ne peut réduire le rôle des religieux en Iran à une seule fonction palliative dans un contexte de forces politiques défaites, ou impuissantes. Le chi’isme iranien, de par son idéologisation caractéristique dans les années 1970, s’est affirmé face aux conceptions sécurisantes importées d’Occident. En ce sens, il est possible de considérer qu’il fut moins privé de concurrents qu’il ne les supplanta. A la différence des mouvements antérieurs, et sans doute pour la première fois depuis le début du siècle, les ‘olama iraniens furent à même de présenter un registre politique de subordination aux idées non spécifiquement chi’ites.

 

MOBASSER Soussan


Le Bazar : un acteur principal dans le réseau alternatif de relations et de communications sociales et politiques en Iran (texte intégral)

Derrière les réseaux officiels et obligatoires, existent, en Iran, des réseaux traditionnels, informels et actifs de communication et de rapports sociaux, qui dissimulent un contenu socio-politique, qui ne sont pas monolithiques, dont la maîtrise appartient au clergé et aux bazaris et dont les lieux d’activités sont les cafés, mosquées, bazars, bains publics...

 

ADELKHAH Fariba


Modernisation autoritaire et impulsion révolutionnaire en Iran : le cas des femmes islamiques (texte intégral)

Le mouvement des femmes islamiques porte en lui, d’abord, une aspiration à la Révolution, au droit et à la loi qui n’a pas encore trouvé sa vraie dimension. La dynamique actuelle du mouvement relève non des droits déjà obtenus, mais d’un acquis chèrement préservé (activités sociales, poids dans la société...).

 

BOZARSLAN Hamit


Traditionalisme ou nationalisme : réponses kurdes au régime kémaliste

Si dans l’ouest de la Turquie, le régime, en dépit de maintes contestations, parvint à imposer sa légitimité, au moins pour une période déterminée, dans la région kurde en revanche, la contestation n’a pu être surmontée qu’en 1938, date de la fin de la dernière révolte et celle de la mort du fondateur de la République. L’aspect nationaliste du régime, en même temps que d’autres facteurs, fournissaient davantage d’atouts à la contestation kurde. Cependant, si dans son ensemble la réaction kurde contre l’expérience kémaliste fut extrêmement violente et de longue haleine, elle fut loin d’avoir une nature homogène et une voie uniforme. Les arguments de la résistance tout comme ses moyens varièrent radicalement suivant les acteurs qui y participèrent.

 

BILICI Faruk


L’Etat turc à la recherche de la cohésion nationale par l’éducation religieuse

A la suite du déclenchement de la première guerre mondiale, l’Iran fut occupé, en dépit de sa neutralité, par les Ottomans, les Russes et les Anglais. Cet article s’interroge sur les motifs politiques et idéologiques qui ont conduit l’Etat, avec la Constitution de 1982, à rendre obligatoire l’enseignement religieux dans tous les établissements scolaires publics et privés, depuis la quatrième année de l’école primaire jusqu’à la fin des études secondaires ; sur le contenu idéologique des manuels scolaires religieux diffusés à cette occasion, sur les distorsions entre le discours officiel et la pratique à la base, c’est à dire sur la conception du professeur qui enseigne cette matière et enfin sur les perspectives qui peuvent se dégager dans ce domaine.

 

PICARD, Elizabeth


Le modernisme autoritaire par les nationalistes arabes : écho et test de l’expérience kémaliste

Le contrepoint arabe à l’expérience kémaliste, au lendemain de la seconde guerre mondiale, est abordée ici à partir des cas irakien, syrien et egyptien. Parmi une grande variété de problèmes complexes, sont abordés ici : le thème de la modernisation et du progrès dans les régimes autoritaires nationalistes arabes ; le problème du décalage historique entre les expériences modernisatrices turque, iranienne et arabes ; la distinction entre les conceptions de la laïcité dans le kémalisme, d’une part, dans le nassérisme et le ba’thisme, de l’autre. L’utilisation, voire la manipulation de l’histoire dans la construction d’une idéologie nationale ; le rôle central du parti unique et de la personnalité de son leader charismatique ; la place des militaires dans les régimes autoritaires développementalistes. Sont abordés enfin la question de la réponse des sociétés et du bilan plutôt négatif de ces expériences.

 

Note de recherche


MOURIM Khosro E., "La Taquiyya comme stratégie idéologique et politique"
La taqiyya ou la dissimulation est ce qui caractérise le plus le shiisme. Morteza Motahhari estime que la taqiyya est le synonyme même du shiisme. Le mot taqiyya dérive de la racine arabe « waqa » qui signifie se protéger et prendre garde. Parmi les shiites duodécimains la taqiyya a acquis en outre le sens de « dissimulation » c’est à dire « le fait de tenir caché sa propre croyance dans une situation de danger ». Cet article propose une étude de la taqiyya des origines jusqu’à Khomeiny.

 

Chronique bibliographique


MANGO Andrew, "Christophe Chiclet, Les communistes grecs dans la guerre, Paris, l’Harmattan, 1987, 324 p."
The Greek Communist Party (KKE) has found in Christophe Chiclet a sympathetic historian, in the etymological sense of a person who feels suffering for the actors of his narrative. The years which he chronicles in detail, from 1941 to 1949, represent the heroic and tragic, but also the only significant period in the history of KKE, for, as he says, before 1941 and after 1949 the Party was and remains a marginal minority. There are some faults in Chiclet’s book : an occasional tendency to take surmise for fact ; a tendency to quote for effect ; a very few misspellings and mistranslations. But the richness of Chiclet’s written and oral sources, his understanding of communism, his mastery of detail, the fluency of his narrative and his sympathy for Greece, merit his study a place in the historiography of this latest member of the European Community.

PAPADOPOULOS Yannis, "K. Featherstone, D.K. Katsoudas, Political Change in Greece. Before and after the Colonels, Londres, Croom Helm, 1987, 301 p."
La recherche politologique sur la Grèce a souvent été handicapée par ce que l’on peut appeler un certain ‘fétichisme des particularités’ : les rares fois où le cas grec était pris en compte, c’était au mieux en tant que cas atypique, qui posait de nombreux obstacles épistémologiques, notamment en ce qui concerne le transfert de concepts de la science politique « occidentale ». A cet égard, ce livre mérite d’être salué comme une tentative sérieuse pour évaluer « comment [le processus de changement] s’est manifesté dans différents secteurs du système politique » (p. 11). Par « changement » on entend alors « la manière dont la politique grecque s’est développée depuis la chute de la dictature des colonels en juillet 1974, et dans quelle mesure cette transition a été modelée à la fois par l’expérience de la junte et par l’ère de régime parlementaire avant 1967 » (p. 1).


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