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- La
garnison-entrepôt : une manière de gouverner dans le bassin
du lac Tchad
par Janet Roitman
La garnison-entrepôt est un concept régulateur
qui se situe au cœur de la problématisation du pouvoir
dans le bassin du lac Tchad. Ce concept se fonde sur un lien militaro-commercial
qui circonscrit les activités économiques non régulées,
dominantes aux abords des frontières. Ces activités,
quoique se développant aux marges, ne sont pas marginales
: elles permettent la mobilité sociale et la redistribution économique
et fournissent une rente aux administrations gouvernementales.
Cette nouvelle façon de penser et d’agir ouvre des
possibilités jusque-là inconnues à l’organisation
de la vie économique et politique et conduit à la
pluralisation de l’autorité régulatrice. Ces
activités sont considérées par leurs acteurs
comme illégales, mais légitimes. Cet article présente
la rationalité de l’illégalité comme
une disposition à la fois économiquement stratégique
et socialement productive, en démontrant que ces activités
participent aux façons de gouverner dans la région.
- La
transformation politique du Mexique : fin de l’ancien régime
et apparition du nouveau ?
par Ilán Bizberg
Le Mexique sort de plus de soixante-dix ans
de régime politique autoritaire. Ce régime a été érodé par
les forces sociales issues de la modernisation économique
des années soixante et soixante-dix et par les réformes
de l’État corporatiste promues par les élites
gouvernementales après la crise de 1982. À la différence
des régimes communistes, le régime politique du Mexique
ne s’est pas effondré, parce que des mécanismes
clientélistes se sont substitués à l’ancien
contrôle corporatiste. C’est la permanence de ces mécanismes
qui rend incertaine la transformation politique du Mexique.
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- Partir
sans quitter, quitter sans partir
par Fariba Adelkhah
Bien que l'Iran
ne soit pas perçue comme un foyer important d'émigration,
celle-ci a marqué son histoire au moins depuis le début
du XXe siècle. La «diaspora» iranienne a édifié une
véritable économie morale et politique du voyage, dans
laquelle la relation au pays d'origine demeure centrale. Partir ne
s'envisage pas sans l'expression d'un lien avec le lieu que l'on quitte,
assuré par des envois réguliers d'argent, des retours
fréquents «au pays», une circulation continue de
récits, d'images et de marchandises. Mais l'imaginaire du départ
ne concerne pas les seuls migrants : la grande majorité des
Iraniens entretient une relation virtuelle avec l'étranger,
qui contribue à aménager leur existence quotidienne et
qui influe ainsi sur l'organisation de la société iranienne
contemporaine.
- Partir
pour le bout de la terre
par Smaïn Laacher
Certains
migrants se déplacent en sachant où ils vont car l'histoire les
porte plutôt vers certains pays que vers d'autres. Mais de plus
en plus, les trajectoires des populations qui partent ou fuient des
pays instables ou en conflit se diversifient et, surtout, deviennent
très aléatoires. On part, non plus vers un pays précis
avec lequel sa société entretenait des relations historiques,
mais vers un «lieu sûr», quelque soit l'espace national.
Le «projet migratoire» devient, dans ces nouvelles configurations,
bien plus problématique qu’heuristique.
- Héros
du retour
par Éliane de Latour
En
Côte d'Ivoire, les jeunes héros qui partent clandestinement à la
conquête du nord sont nourris de récits qui traversent
les mers ; à leur tour, ils alimentent des mythologies dans
les pays d'origine qui déclenchent l'envie d'aller loin. Rêves
en noria. Objets rapportés qui signent les retours glorieux.
Places nouvelles acquises dans une société auparavant
inaccessible. Ainsi se constituent les légendes, le nom. L'échec
au voyage devient impossible. Le retour piteux, provoqué par
une reconduite à la frontière par exemple, est une atteinte à l'honneur
qui rompt avec la dimension épique en arrière-fond de
tout acte migratoire chez ces jeunes. Face à l'infamie, il n'est
d'autre sort pour ces candidats malheureux à la réalisation
de soi que de tenter de repartir ou alors, de connaître la mort
sociale.
- Construire
un récit
Entretien avec Dominique Noguères, avocate
spécialisée
dans le droit des immigrés
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