Sommaire N°19 - Avril 2003

 

 

 

  • La garnison-entrepôt : une manière de gouverner dans le bassin du lac Tchad
    par Janet Roitman
    La garnison-entrepôt est un concept régulateur qui se situe au cœur de la problématisation du pouvoir dans le bassin du lac Tchad. Ce concept se fonde sur un lien militaro-commercial qui circonscrit les activités économiques non régulées, dominantes aux abords des frontières. Ces activités, quoique se développant aux marges, ne sont pas marginales : elles permettent la mobilité sociale et la redistribution économique et fournissent une rente aux administrations gouvernementales. Cette nouvelle façon de penser et d’agir ouvre des possibilités jusque-là inconnues à l’organisation de la vie économique et politique et conduit à la pluralisation de l’autorité régulatrice. Ces activités sont considérées par leurs acteurs comme illégales, mais légitimes. Cet article présente la rationalité de l’illégalité comme une disposition à la fois économiquement stratégique et socialement productive, en démontrant que ces activités participent aux façons de gouverner dans la région.
  • La transformation politique du Mexique : fin de l’ancien régime et apparition du nouveau ?
    par Ilán Bizberg
    Le Mexique sort de plus de soixante-dix ans de régime politique autoritaire. Ce régime a été érodé par les forces sociales issues de la modernisation économique des années soixante et soixante-dix et par les réformes de l’État corporatiste promues par les élites gouvernementales après la crise de 1982. À la différence des régimes communistes, le régime politique du Mexique ne s’est pas effondré, parce que des mécanismes clientélistes se sont substitués à l’ancien contrôle corporatiste. C’est la permanence de ces mécanismes qui rend incertaine la transformation politique du Mexique.

 

 


Partir
sous la responsabilité deJean-Louis Briquetet Éliane de Latour
  • Partir sans quitter, quitter sans partir
    par Fariba Adelkhah
    Bien que l'Iran ne soit pas perçue comme un foyer important d'émigration, celle-ci a marqué son histoire au moins depuis le début du XXe siècle. La «diaspora» iranienne a édifié une véritable économie morale et politique du voyage, dans laquelle la relation au pays d'origine demeure centrale. Partir ne s'envisage pas sans l'expression d'un lien avec le lieu que l'on quitte, assuré par des envois réguliers d'argent, des retours fréquents «au pays», une circulation continue de récits, d'images et de marchandises. Mais l'imaginaire du départ ne concerne pas les seuls migrants : la grande majorité des Iraniens entretient une relation virtuelle avec l'étranger, qui contribue à aménager leur existence quotidienne et qui influe ainsi sur l'organisation de la société iranienne contemporaine.
  • Partir pour le bout de la terre
    par Smaïn Laacher
    Certains migrants se déplacent en sachant où ils vont car l'histoire les porte plutôt vers certains pays que vers d'autres. Mais de plus en plus, les trajectoires des populations qui partent ou fuient des pays instables ou en conflit se diversifient et, surtout, deviennent très aléatoires. On part, non plus vers un pays précis avec lequel sa société entretenait des relations historiques, mais vers un «lieu sûr», quelque soit l'espace national. Le «projet migratoire» devient, dans ces nouvelles configurations, bien plus problématique qu’heuristique.
  • Héros du retour
    par Éliane de Latour
    En Côte d'Ivoire, les jeunes héros qui partent clandestinement à la conquête du nord sont nourris de récits qui traversent les mers ; à leur tour, ils alimentent des mythologies dans les pays d'origine qui déclenchent l'envie d'aller loin. Rêves en noria. Objets rapportés qui signent les retours glorieux. Places nouvelles acquises dans une société auparavant inaccessible. Ainsi se constituent les légendes, le nom. L'échec au voyage devient impossible. Le retour piteux, provoqué par une reconduite à la frontière par exemple, est une atteinte à l'honneur qui rompt avec la dimension épique en arrière-fond de tout acte migratoire chez ces jeunes. Face à l'infamie, il n'est d'autre sort pour ces candidats malheureux à la réalisation de soi que de tenter de repartir ou alors, de connaître la mort sociale.
  • Construire un récit
    Entretien avec Dominique Noguères, avocate spécialisée
    dans le droit des immigrés