Contre-jour
La
nouvelle exception suédoise ? Le référendum
sur l’Euro de 2003
par Yohann Aucante
Après de longs atermoiements, le gouvernement
social-démocrate suédois s’est finalement décidé
à organiser un référendum sur l’Euro en septembre
2003. Malgré la nature consultative de cette procédure,
le rejet populaire, renforcé par l’importance du taux de
participation, ne pouvait que contraindre à repousser sine die
la troisième phase de l’UEM, alors même que la Suède
n’avait pas expressément demandé de clause d’exemption
(contrairement au Danemark et au Royaume-Uni). Ce résultat ne
peut être compris que s’il est resitué dans la continuité
du référendum de 1994 sur l’intégration et
dans la longue trame d’une revendication de souveraineté
populaire frustrée par la tendance intergouvernementaliste et
l’attitude des instances du pouvoir européen.
Irlande
du Nord : le radicalisme comme rançon
de la paix ?
par Élise Féron
Les élections du 26 novembre 2003 en Irlande du Nord étaient
supposées remettre sur les rails les institutions de partage
du pouvoir entre catholiques et protestants, conformément aux
accords de paix de 1998. Cependant, ces élections ont vu la victoire
du parti radical DUP (Democratic Unionist Party) côté protestant,
et du Sinn Féin, la branche politique de l’IRA, côté
catholique. Le DUP refusant catégoriquement de former un gouvernement
avec le Sinn Féin, ces résultats électoraux ont
anéanti tout espoir d’un retour rapide au partage du pouvoir.
Mais si la percée du DUP, qui est opposé aux accords de
1998, indique le mécontentement croissant des protestants, le
soutien apporté au Sinn Féin côté catholique
doit au contraire être interprété comme une volonté
de poursuivre la mise en œuvre de ces accords. Ces résultats
électoraux ne révèlent donc pas une polarisation
du paysage politique nord-irlandais, mais témoignent clairement
des échecs du processus de paix actuel.
Iabloko
ou la défaite du libéralisme
politique en Russie
par Françoise Daucé
En Russie, la défaite électorale du parti Iabloko, lors
des élections législatives de décembre 2003, ne
marque pas l’échec des partisans des réformes économiques
libérales mais illustre plutôt les déconvenues du
libéralisme politique. Sanctionné pour sa posture oppositionnelle
et son absence de ressources administratives, Iabloko fait les frais
de la nouvelle grammaire politique du régime russe, officiellement
démocratique mais non libérale et plus soucieuse d’unité
que de pluralisme.
Bons
offices, surveillance, médiation : les
ratés du processus de paix à Sri Lanka
par Éric Meyer, Eleanor Pavey
Le processus de paix à Sri Lanka, engagé en 2002 sous
les auspices de la Norvège et visant à mettre un terme
au conflit qui oppose le gouvernement à la rébellion armée
menée par les Tigres de Libération de l'Eelam Tamoul,
s'est heurté au bout d'un an aux difficultés inhérentes
à la complexité et à la spécificité
de ce type de négociation. Ces difficultés tiennent en
particulier au rôle parfois ambigu des acteurs internationaux
tantôt facilitators, tantôt médiateurs, tantôt
arbitres, et aux éléments spécifiques de la culture
politique de Sri Lanka.
The Dark Side of the Force. De
l’usage
du politique dans la théorie économique de la banque centrale
indépendante
par Yves Steiner
Les contradictions que la critique relève
dans les arguments du modèle théorique de la BCI trahissent
une déconnexion graduelle entre outillage théorique et
problème analysé. Cette déconnexion est vue ici
comme la conséquence logique d'une inhérence ontologico-épistémologique
qui pose l'existence de sphères autonomes (le politique, l'économique)
dont les logiques d'action tendent à s’apparenter à
l'individualisme méthodologique. Dans la grille de lecture manichéiste
qu’imposent les théoriciens de la BCI, le politique ne
respecte pas les règles du jeu, triche par opportunisme électoraliste,
détruit sa réputation et sape la confiance qu’il
devrait inspirer en matière de politique monétaire alors
que l'économique confirme sa « bonne » réputation
par son profond respect des règles et sa faculté à
anticiper les tricheries du politique. Mais en faisant ainsi basculer
le politique du côté obscur de la force, le modèle
théorique de la BCI perd une grande partie de sa valeur heuristique.
L’hégémonie est-elle soluble
dans le multilatéralisme ? Le cas de l’OMC
par Franck Petiteville
L’Organisation mondiale du commerce est analysée
ici à l’aune des différentes théories des
relations internationales relatives au multilatéralisme. Il est
aujourd’hui évident que l’OMC invalide la théorie
réaliste de la « stabilité hégémonique
», puisqu’elle ne vit pas sous la domination des États-Unis.
La vision inspirée par les approches néomarxistes et altermondialistes
d’une OMC instrumentalisée dans le rapport Nord-Sud doit
être également révisée, face la montée
en puissance des pays en développement, dont le pouvoir d’influence
et de blocage est susceptible, le cas échéant, de paralyser
l’Organisation. C’est en définitive la théorie
libérale du multilatéralisme, fondée sur la possibilité
de gains mutualisés pour tous les participants, que l’OMC
vérifie le mieux. Même s’il faut tenir compte du
fait que son fonctionnement est encore sous-optimal par rapport à
l’idéal-type libéral du multilatéralisme,
l’OMC apparaît comme un espace de multilatéralisme
relativement préservé dans l’après-guerre
froide.
Le
néopentecôtisme au Guatemala
: entre privatisation, marché et réseaux
par Jesús García-Ruiz
Importé des États-Unis, le
protestantisme a été introduit au Guatemala à
la fin du XIXe siècle et s’y est développé
très rapidement, aux dépens du catholicisme, ces trente
dernières années. Parmi les églises protestantes,
c’est le néopentecôtisme qui a le plus prospéré,
en suivant un modèle spécifique, selon lequel des
prédicateurs individuels, agissant comme de véritables
entrepreneurs, utilisent les médias, créent de nouvelles
églises et organisent des réseaux en s’associant
à leurs homologues au niveau local. La population est particulièrement
attirée par la dimension socio-économique de leur
message : se convertir à cette branche du protestantisme
est considéré comme le meilleur moyen de connaître
une ascension sociale et de montrer cette réussite.
Trajectoires
et enjeux contemporains du pentecôtisme
en Afrique de l’Ouest
par Cédric Mayrargue
L'expansion pentecôtiste en Afrique
de l'Ouest est appréhendée à partir des dynamiques
endogènes et des usages locaux afin de saisir les enjeux
contemporains, en particulier politiques, qu'elle génère.
Les processus de diffusion, de transformation et d'innovation religieuse
conduisent d'abord à poser l'Afrique en acteur du renouveau
pentecôtiste. Le succès de ce courant s'inscrit dans
les dynamiques de changement social et de modernisation qui affectent
les sociétés locales, et qui se manifestent jusque
dans l'incertitude et la fragilité qui caractérisent
ces Églises. La participation croissante d'acteurs pentecôtistes
aux luttes politiques locales se produit, enfin, selon des intensités
et des modalités d'intervention dans l'espace public différenciées
en fonction des contextes nationaux.
L’évolution des protestantismes
en Corée du Sud : un rapport ambigu à la modernité
par Nathalie Luca
Ce sont essentiellement les
Églises protestantes conservatrices, proches de la politique
des gouvernements militaires, qui ont assuré le développement
du christianisme en Corée du Sud. Reprenant en l'adaptant
une théodicée fabriquée durant la première
décennie de la colonisation japonaise, ces protestantismes
ont su faire de la Corée du Nord un ennemi satanique, qu’il
fallait combattre par une mobilisation sans faille. La lutte était
à la fois politique et économique, la Corée
du Sud présentant son développement économique
comme le signe de son élection divine. Pourtant, cette mobilisation
a freiné la modernisation du pays. Ces Églises, encadrant
de nombreuses institutions – sanitaires, éducatives,
familiales, voire syndicales –, ont retardé la sécularisation
de la société. Elles ont également tenu les
Coréens dans une vision enchantée de leur histoire
nationale, les éloignant de toute quête de sens personnelle
et de tout processus d'individualisation. La modernisation s’opère
néanmoins, progressivement, la crise asiatique ayant fait
perdre à la théodicée protestante ses vertus
mobilisatrices.
La
nébuleuse évangélique
en Russie : de la mission étrangère à la surenchère
nationale
par Kathy Rousselet
Avec l’ouverture des frontières
en 1991, on a observé un afflux de mouvements évangéliques
occidentaux en Russie. Mais dans un pays fortement sécularisé,
où l’identité russe orthodoxe est plus que jamais
réaffirmée et la législation sur la liberté
de conscience très restrictive à l’égard
des mouvements non traditionnels, ceux-ci peinent à se développer.
Ils entrent par ailleurs en conflit avec les mouvements évangéliques
de souche russe. La plupart tendent à revendiquer un ancrage
national : les plus récents, essentiellement par souci de
légitimation dans un contexte de plus en plus hostile au
pluralisme religieux ; les plus anciens, également par affirmation
identitaire face aux nouvelles formes de protestantisme. Si une
grande partie des nouveaux mouvements évangéliques
véhiculent des valeurs occidentales, ils tendent également
à s’acculturer. En Russie, comme ailleurs, la globalisation
du religieux s’accompagne d’effets de « télescopage
».
Toby Dodge, Inventing Irak: The Failure of
Nation Building and a History Denied
par Elisabeth Picard
Waheguru Pal Singh Sidhu, Jing-dong Yuan, China
and India: Cooperation or Conflict?
par Thérèse Delpech
Pascale Laborier, Dany Trom (dir.), Historicités
de l’action publique
par Jay Rowell