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Sommaire N° 05 -
Automne 1999

Lendemains
délection en Europe
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- État
et marché des biens religieux. Les voies égyptienne et
tunisienne
par Malika Zeghal
Le "retour du religieux" dans les pays arabo-musulmans,
au cours des années 1970, n'est pas la conséquence de l' "inséparabilité" culturelle
présumée entre islam et politique mais, au moins en partie, le résultat de
décisions institutionnelles : si la demande de biens religieux est élevée,
alors la politique étatique de déréglementation du marché religieux conduit à la
résurgence religieuse. Mais ce processus prend des formes différentes. Au lendemain
de l'indépendance, l'Etat tunisien et l'Etat égyptien contrôlaient fortement
la sphère religieuse. Mais si, en Tunisie, le régime réduisit de façon spectaculaire
l'espace occupé par la religion, en Egypte, l'institution religieuse conserva
une importante présence. Vingt ans plus tard, les deux pays ont déréglementé partiellement
le marché des biens religieux. L'institution religieuse ayant bénéficié d'une
situation de départ plus puissante en Egypte qu'en Tunisie, le retour du religieux
fut plus important dans le premier pays que dans le second.
- LAfrique
dans le monde : une histoire dextraversion
par Jean-François Bayart
L'Afrique
sub-saharienne est souvent présentée comme étant à la marge du système international.
Pourtant, le continent y est intégré depuis longtemps déjà. Les acteurs politiques
africains ont mis en place des stratégies d'extraversion leur permettant de
gérer, voire de construire, les relations de dépendance de leurs propres sociétés.
Entre l'Afrique, l'Europe et les Amériques, donc, il y a interaction et non
pas simplement domination et exploitation. La traite des esclaves, la colonisation,
l'accès à l'indépendance et la position diplomatique des nouveaux Etats pendant
la guerre froide s'inscrivent dans ce modèle. Aujourd'hui, les processus en
trompe-l'œil de l'ajustement structurel et de la transition démocratique ainsi
que l'extension de la guerre reproduisent ces économies politique et morale
de l'extraversion. Sans doute, cette dernière souffre d'un déficit de légitimité mais
cela procède de l'historicité des sociétés africaines et non d'un hiatus entre
ces sociétés et l'Etat. Six formalités d'action - la coercition, la ruse, la
fuite, l'intermédiation, l'appropriation, le rejet - permettent de mieux comprendre
comment les Africains sont les sujets de leurs situations de dépendance.
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Mémoire,
justice et réconciliation
sous
la responsabilité de Pierre
Hassner
- Vérité
sans réconciliation en Afrique du Sud
par Stephen Ellis
La
commission "Vérité et Réconciliation" d'Afrique du Sud a publié son rapport
final en cinq volumes en octobre 1998. Alors que son travail lui a valu des
critiques de tout le spectre politique en Afrique du Sud, il est considéré dans
le reste du monde comme pratiquement irréprochable. Le rapport final constitue
certes un document historique majeur, mais il faut aussi considérer la commission
en elle-même comme un processus politique. Beaucoup de ses séances furent
publiques, beaucoup furent retransmises à la télévision ; dans de nombreux
cas elles étaient destinées à créer l'impact le plus dramatique possible.
La façon dont les Sud-Africains jugent la commission et son travail est le
produit de leurs différents points de vue sur l'histoire de leur pays. Ce
travail va-t-il contribuer à la réconciliation nationale ? Cela dépendra
en grande partie de ce qu'en feront les hommes politiques de ce pays.
- Ni
vainqueurs ni vaincus : la paix du Salvador
par Joaquin Villalobos
La pacification au Salvador après la longue
guerre civile doit notamment sa réussite au réalisme ayant guidé l'accord
de paix et son application : on a choisi de régler en priorité les problèmes
concrets de reconversion des combattants des deux bords (militaires et guérilleros)
comme base d'une stabilité minimale propice à la normalisation démocratique.
Cela ne va pas sans quelque insatisfaction du côté de la justice : l'accord
de paix, fondé sur un compromis entre deux adversaires en situation de match
nul, comportait une amnistie très large. A défaut de sanctions pénales contre
les auteurs de crimes, une commission vérité a été constituée mais n'a que
partiellement rempli sa mission. La comparaison avec d'autres cas latino-américains
permet de saisir l'importance du rapport de forces à l'heure de la paix pour
parvenir à un degré satisfaisant de justice et de réconciliation.
- Les
aventures de la décommunisation
par Aleksander Smolar
Le règlement de comptes avec le passé dans les
pays d'Europe centrale et orientale a connu des fluctuations très sensibles
en dix ans, au gré des espoirs et des difficultés de la transition, donc
aussi des changements de gouvernement. Prise dans ses quatre principaux aspects
(châtiment, épuration, restitutions, restauration de la mémoire collective),
cette gestion du passé révèle des tendances communes à toute la zone et conduit à s'interroger,
notamment, sur les raisons d'une épuration dans l'ensemble modeste, de châtiments
rarissimes, et de l'absence de dispositifs du type "commission vérité", très
utilisés au sortir des dictatures latino-américaines et de l'apartheid. Cette
modération ne préjuge pas de l'avenir : l'aspiration à établir la facture
des préjudices pourrait grandir avec le temps.
- De
Nuremberg au TPI : naissance dune justice universelle ?
par Antoine Garapon
Si certains estiment que la justice est la condition
de toute vraie réconciliation, d'autres estiment à l'inverse qu'elle peut
empêcher la paix. Une telle interchangeabilité, sinon substitution, entre
les deux termes signale une réorganisation de notre espace politique dans
le sens d'une mondialisation morale. Les droits de l'homme, et leur envers
extrême du crime contre l'humanité, bouleversent la séparation claire entre
d'une part la souveraineté interne, d'autre part les relations juridiques
entre souverainetés, c'est-à-dire le droit international. C'est la raison
pour laquelle il faut rapprocher cette criminalisation des relations internationales
de celle que l'on constate au niveau interne : au fur et à mesure que le
monde tout entier devient un seul univers moral, les relations les plus intimes
se conçoivent désormais sur le mode du combat entre étrangers, donc comme
relevant du domaine de la réconciliation.
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