Conférence de Jennifer Pitts, membre du Conseil scientifique de Critique internationale, donnée le 10 mars 2011 á Sciences Po, Paris, dans le cadre des "Amphi du CERI"

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Anthropologies des organisations internationales
Sous la responsabilté de Birgit Müller

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Critique - Internationale
Critique internationale est une revue trimestrielle des Presses de Sciences Po, publiée avec le soutien du Centre national de la recherche scientifique et du Centre national du livre, et portée depuis sa création en octobre 1998 par le Centre d’études et de recherches internationales (CERI). Elle s’est donné pour vocation d’analyser les enjeux du monde contemporain. Faits souvent déformés, problématiques volontiers convenues: l’état du débat public sur les affaires du monde n’est pas toujours satisfaisant, alors même que chacun est aujourd'hui confronté aux défis de la mondialisation. En France, le risque d’une véritable «hexagonalisation» de la pensée est évident pour qui voyage fréquemment à l’étranger. Ce risque est d’autant plus grave que la distinction entre les problèmes intérieurs et le domaine international est depuis longtemps effacée: plus rien ne nous est "étranger".
La compréhension de notre monde en pleine mutation appelle un renouvellement permanent de nos approches, qui ne relève directement ni du travail de la presse ni des préoccupations de l’administration ou de l’entreprise, même si les unes et les autres ressentent le besoin pressant de ce renouvellement et peuvent y contribuer.
Le premier objectif de Critique internationale est donc d’œuvrer à un tel renouveau analytique. La revue donne la priorité aux articles qui restituent les réalités complexes et dérangeantes du terrain, y compris sous forme de témoignages, d’enquêtes, de documents, d’entretiens. Revue internationale de langue française, elle est ouverte sur l’extérieur, comme l’attestent les nombreuses signatures étrangères qui l'enrichissent et la composition de son Conseil scientifique.

ISSN 1290-7839

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Sommaire N°53 - Octobre/Décembre ( Disponible sur CAIRN )

Thema

Le changement dans les organisations internationales
Sous la responsabilité d' Olivier Nay et Franck Petiteville
Il est aujourd’hui fréquent de reprocher aux organisations internationales d’êtres devenues des institutions anachroniques, incapables de s’adapter aux évolutions de la globalisation et d’accomplir les fonctions pour lesquelles elles ont été créées. Prenant le contre-pied de ce jugement peu informé, les quatre contributions réunies ici explorent les différentes pistes (réformes, élargissements, création normative, etc.) par lesquelles l’ONU, la Banque mondiale, l’OTAN et l’Union européenne ne cessent de réinventer les conditions pratiques de leur action. Au-delà de ces cas exemplaires, il s’avère que le changement dans les organisations internationales est déterminé autant par le rôle de leurs États membres et de leurs propres agents que par les transformations de leur environnement.

  • Éléments pour une sociologie du changement dans les organisations internationales
    par Olivier Nay et Franck Petiteville

  • Les évolutions de l’ONU : concurrences et intégration
    par Guillaume Devin et Delphine Placidi-Frot
    Les changements vécus par l'ONU sont nombreux, complexes et multiformes, à l'instar de l'approfondissement erratique de la coopération internationale. La croissance, la diversification et la compétition des multiples acteurs, étatiques et non étatiques, impliqués dans ses activités suscitent la mise en place de nouveaux dispositifs et l'émergence de nouvelles pratiques. Ces changements variés se révèlent toutefois plus progressifs et itératifs que susceptibles de bouleverser les rapports de force internationaux. Si elle constitue un cadre d'action politique à l'efficacité variable, l'ONU fonctionne surtout comme un forum d'échanges et de débats en raison des divergences et des tensions inhérentes à une institution universelle, décentralisée et multifonctionnelle. Elle n'en contribue pas moins à un lent processus d'intégration des États et des sociétés à l'échelle internationale.

  • La Banque mondiale, entre transformations et résilience
    par Jean-Pierre Cling, Mireille Razafindrakoto et François Roubaud
    Depuis sa création, la Banque mondiale a connu un élargissement progressif de son rôle et de ses missions, qui lui a permis d’acquérir son leadership actuel dans les politiques de développement. Face à sa crise de légitimité des années 1990, cette institution a mis en Å“uvre des changements profonds et continus. La promotion de nouvelles stratégies de réduction de la pauvreté, insistant sur le principe d'appropriation des politiques par les acteurs nationaux, et plus largement, la prise en compte de l'économie politique et des institutions constituent des tournants majeurs. Les limites de l’application de ces changements stratégiques sont cependant réelles. En effet, les difficultés éprouvées par la Banque mondiale pour entreprendre de véritables réformes résultent de contraintes structurelles : le poids dominant des États-Unis et des grands pays industrialisés qui entrave l'évolution de la gouvernance interne ; les objectifs contradictoires des trois principales missions de cette institution (finance, aide au développement et recherche sur le développement). En outre, l'hégémonie que la Banque mondiale s'est construite ainsi que son enfermement dans une vision économiciste et orthodoxe font que les nouvelles thématiques et approches dont elle s'empare sont systématiquement refaçonnées suivant le paradigme prégnant du marché. Ainsi, bien que cette institution fasse preuve d'une formidable capacité à impulser des orientations novatrices, ces dernières peinent à se traduire dans la réalité.    

  • L’OTAN est-elle encore l’OTAN ?
    par Bastien Irondelle et Niels Lachmann
    La pérennité de l’OTAN après la fin de la guerre froide contredit le postulat des réalistes qui veut que les alliances militaires soient vouées à ne pas survivre à la disparition de la menace qu’elles étaient censées contrer. L’Organisation a même fait de sa capacité de transformation l’une de ses valeurs fondamentales, et cette capacité apparaît démontrée à la fois par ses opérations militaires et humanitaires inédites et par son élargissement à de nouveaux membres. La dynamique centrale est la mutation d’une alliance défendant l’Europe et l’Amérique du Nord en une organisation de gestion de crise intervenant avant tout en dehors de son territoire. Cependant, ce qui a permis à l’OTAN de durer, c’est l’institutionnalisation de certains éléments de stabilité  : une bureaucratie et une structure de commandement permanentes, la relative homogénéité de ses membres, qui sont tous désormais des démocraties, ainsi qu’une prise de décision marquée par la prééminence des États-Unis et le respect de la souveraineté par le principe d’unanimité. La transformation de l’Organisation est toutefois limitée par les dissensions entre des membres toujours plus nombreux et divers et par l’inertie de l’appareil organisationnel. L’étude du changement au sein de l’OTAN montre que les divers types de changement qui peuvent toucher une organisation internationale – dans sa structure, dans l’appartenance et dans la dimension normative et cognitive â€“ ne vont pas forcément de pair.

  • La politique de développement de l’Union européenne : réformes et européanisation
    par Charlotte Bué
    Incarnation de la capacité et des valeurs de l’UE, qui fournit plus de la moitié de l'aide publique au développement mondiale, la politique de développement s’est imposée depuis 1957 comme l'un des instruments centraux de l’action internationale. Cependant, la « politique européenne de développement Â» recouvre en réalité un système de « 27+1 Â» politiques – les politiques bilatérales des 27 États membres + la politique menée par la Commission européenne au nom de l'UE â€“ régi par une compétence partagée et par une obligation de complémentarité, coordination et cohérence (les « 3C Â»), longtemps restée lettre morte. Depuis quelques années, les « 27+1 Â» semblent néanmoins s’être engagés dans la voie de l’européanisation, tant au niveau politique que pratique et financier. Il convient donc d’analyser les dynamiques présidant à ce changement notable mais laborieux, dont les limites inhérentes traduisent l'incertitude de l'entreprise européenne.


Varia
  • Le Scottish National Party de 2007 à 2011 : un parti toujours indépendantiste ?
    par Claude Barbanti
    En mai 2011, le Scottish National Party (SNP) a été élu à la tête du gouvernement régional d’Écosse avec une majorité absolue. Cette victoire marque la fin d’une période ambiguë pour le nationalisme écossais, celle de la mandature 2007-2011. Alors affaibli par le fait de devoir gouverner en minorité au sein du Parlement d’Écosse, le parti ne pouvait pas proposer de loi autorisant un référendum sur l’indépendance. De plus, il semblait avec la crise de 2008 qu’une Écosse indépendante ne parviendrait pas à survivre dans un contexte de faillite économique et financière généralisée. Dès lors, toute une partie de l’opinion a considéré que le parti nationaliste était en train d’abandonner sa cause historique. Or il semble que le SNP ait été parfaitement cohérent car fidèle à une stratégie dite « gradualiste Â» qui constitue le fil rouge de la ligne du parti depuis les années 1970. Rejetant toute stratégie révolutionnaire d'accession à la souveraineté, il a misé avant tout sur l'obtention d'une véritable majorité. La confusion qui s’est ensuivie quant à la validité du projet séparatiste amène à revenir sur la façon dont le « gradualisme Â» s'est imposé historiquement au sein du parti, et sur les adaptations de cette stratégie à l'épreuve du pouvoir, notamment lors de la formation d'un gouvernement minoritaire.

  • Les voix de l’appartenance : interpréter les votes « ethniques Â» en Bulgarie et en Roumanie
    par Nadège Ragaru et Antonela Capelle-Pogăcean
    Quelles sont les logiques du vote chez les électeurs du Mouvement des droits et libertés (MDL) qui aspire à représenter les Turcs et musulmans en Bulgarie et chez ceux de l’Union démocratique des Magyars de Roumanie (UDMR) en Roumanie ? À rebours d’une approche qui ferait de l’ethnicité déclarée une variable indépendante aux effets électoraux mesurables, les auteures interrogent, d’une part, les contextes institutionnels et politiques, historiquement situés et territorialisés, dans lesquels des répertoires identitaires (confession, langue, culture, etc.) sont construits comme politiquement pertinents par les candidats et/ou leurs électeurs, d’autre part, les significations attachées par ces derniers à leurs choix. La comparaison suggère que le soutien aux candidats « minoritaires Â» n’engage pas nécessairement une pleine adhésion à l’offre identitaire des partis, encore moins une définition homogène des appartenances. Elle souligne également l’importance de saisir l’acte de vote dans sa relation avec la construction d’identifications pluriscalaires (locales, régionales, nationales, européennes,…) engageant diversement les Kin States et redéployant les relations entre territoires, citoyennetés et votes.

  • À quoi sert Russie unie ? Conservatisme et modernisation dans les discours de légitimation du parti du pouvoir
    par Clémentine Fauconnier
    Majoritaires au Parlement russe depuis 2003, les représentants du parti du pouvoir Russie unie justifient leur domination au nom de l’objectif prioritaire de consolidation de l’État. En faisant de la stabilisation de la vie politique la condition sine qua non de la modernisation de la Russie, ils se définissent comme des « conservateurs Â» et multiplient les références aux partis politiques étrangers, notamment européens. Cette proximité revendiquée avec l’État, outre qu’elle vise à légitimer la limitation du pluralisme, contribue à déterminer la place de Russie unie et de ses représentants dans le système politique. À travers l’analyse du contenu et des usages de ces stratégies de légitimation, c’est la façon dont les discours tenus par les représentants de Russie unie constituent une tentative de définition normative de l’activité politique à laquelle eux-mêmes sont soumis qui est ici mise en avant. Les revendications de filiation avec un certain nombre de partis occidentaux invitent par ailleurs à s’interroger sur la façon dont les processus de limitation du pluralisme en Russie se nourrissent des reformulations du politique en termes de bonne gouvernance, de modernisation et d’efficacité de l’État, au-delà des distinctions normatives et figées entre les régimes.


Lectures
  • État de littérature. Déconstruire pour dénoncer : la traite des êtres humains en débat
    (Milena Jakšić)

  • Economists and Societies: Discipline and Profession in the United States, Britain, and France, 1890s to 1990s de Marion Fourcade
    (Frédéric Lebaron)

  • Inclusion: The Politics of Difference in Medical Researchde Steven Epstein
    (Daniel Sabbagh)

    Boundaries of Contagion: How Ethnic Politics Have Shaped Government Responses to AIDS de Evan S. Lieberman
    (Renaud Crespin)

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