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- La
montagne et la liberté, ou Pourquoi les civilisations ne savent pas
grimper
par James C. Scott
Dans les sociétés d'Asie du Sud-Est, un gouffre culturel
et politique sépare les populations des hauteurs de ceux des vallées, alors
qu'il est aisé de montrer que des échanges permanents ont eu lieu au cours
des siècles entre les deux types de populations. Ces échanges sont dus au jeu
de deux logiques : centripète, les royaumes des vallées cherchant toujours à peupler
leurs terres par l'acquisition d'esclaves (les guerres sont destinées à capturer
des hommes plus que du territoire) ; centrifuge, les populations des plaines étant
souvent poussées par la rapacité des fonctionnaires ou des colons à s'échapper
vers les hauteurs. Si les civilisations ne savent pas grimper, ce n'est pas
seulement, comme le remarque Braudel, que la géographie leur complique la tâche,
c'est aussi que ceux qui "grimpent" le font pour leur échapper.
- Pour
une organisation mondiale du commerce
par Patrick Allard
Les crises de 1997-1998 ont subtilement miné les fondements
du système mondial des échanges en réactivant partout dans le monde les préoccupations
de sécurité économique des Etats. Les réponses apportées par l'OMC restent
marquées par une certaine fragilité. Au surplus, l'échec de la conférence de
Seattle a accru la méfiance à l'égard du libre-échange, tant dans l'opinion
publique que chez les dirigeants de nombreux pays. Ceux-ci ont souvent réagi
par une véritable frénésie d'accords préférentiels régionaux, souvent assortis
de clauses absurdes, dont l'entrecroisement ne paraît guère propre à préparer
une nouvelle progression de la libération des échanges à l'échelle mondiale.
Un tel fractionnement pourrait même aller jusqu'à affecter négativement les
relations politiques entre les Etats.
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Économie
politique du fédéralisme
sous la responsabilité de Bruno
Théret
- Fédéralisme,
stabilisation monétaire et démocratisation au Brésil
par Lourdes Sola et Eduardo Kugelmas
La transition démocratique
s'est accompagnée au Brésil d'une inflation galopante. Les raisons n'en sont
pas purement économiques. Elles tiennent en grande partie à la structure
fédérale du pays et au fait que le processus de démocratisation, commencé au
niveau des États fédérés, n'a que lentement gagné le centre. Les unités fédérées
ont donc longtemps tiré un parti maximal de l'autonomie dont elles disposaient
et qui était très grande sur le plan monétaire, du fait de l'absence de véritable
autorité monétaire centralisée. De la même façon, la stabilisation, qui a
impliqué la concentration du pouvoir monétaire dans la Banque centrale, n'a
pu ensuite réussir que pour des raisons essentiellement politiques : le changement
des préférences de la population, excédée de l'hyperinflation et sur laquelle
le populisme n'avait plus prise, et un calendrier électoral habilement mis à profit
par le président Cardoso pour mettre au pas les gouvernements des États.
- La
solidarité sociale dans le pacte fédéral canadien. Histoire d’une crise
et de son dénouement
par Bruno Théret
En 1994-1995, le gouvernement fédéral canadien lançait
une réforme néolibérale profonde des programmes sociaux, au nom de l'adaptation
aux nécessités de la mondialisation. La vigueur de la réaction des provinces
fédérées et sa forme (recours ou menace de recours à l'interprovincialisme)
a montré qu'il avait touché là à un point central du pacte fédéral. En même
temps, cette réaction ayant pris la forme d'une "Union sociale" des seules
provinces anglophones, une nouvelle impulsion a été donnée à l'évolution
du Canada vers un fédéralisme asymétrique multinational. Mais l'histoire
du dénouement de cette crise, qui a ébranlé le pacte fédéral bien au-delà de
la vieille contestation québécoise, montre aussi que le dynamisme particulier
du fédéralisme canadien a doté son État-providence d'une bonne capacité de
résistance face aux tendances à l'américanisation de la société.
- Différenciation
régionale et fédéralisme budgétaire en Russie
par Jacques Sapir
De
1992 à 1998, la Russie a connu un processus de différenciation économique
régionale qui a fini par présenter un véritable danger de désintégration.
L'origine principale en est la politique délibérée de retrait de l'État pratiquée
par le Centre (notamment sur le conseil des bailleurs de fonds occidentaux),
qui a mis à mal toute légitimité de l'action publique centrale. La crise
de 1998 a eu l'effet bénéfique de faire prendre conscience de cette course à la
catastrophe et du fait que la question des transferts et des dépenses publiques
centrales est au cœur du pacte national. L'État s'est remis à dépenser (encore
trop modestement) et à honorer ses engagements financiers. Les réformes introduites
par Poutine vont dans le même sens mais les résistances sont bien sûr considérables.
- Du
« gouvernement économique » au gouvernement tout court. Vers
un fédéralisme à l’européenne
par Robert Boyer et Mario Dehove
L'idée de doter l'Union européenne
d'un gouvernement économique se justifie maintenant que les missions de l'Union
portent moins sur la coordination législative (fonctionnement du marché unique)
que sur la coordination exécutive (définition d'une politique économique).
Mais un "besoin de gouvernement" se manifeste aussi dans les autres domaines
de l'intégration européenne (social, militaire, sécurité intérieure), sous
forme d'une floraison anarchique de procédures et d'organes informels ad
hoc. En réalité la question qui se pose à l'Union est celle du gouvernement
tout court. Peut-on espérer que la dynamique à l'œuvre convergera spontanément
vers un dispositif institutionnel cohérent, ou bien faut-il donner d'un coup à l'Union
le gouvernement qui lui fait défaut, le centre de l'action publique dont
aucun État n'a pu encore faire l'économie, sous une forme spécifique compatible
avec sa structure politique inédite ? C'est une question à laquelle il faudra
bien répondre.
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