| N° 14 | La Turquie et l'"aire turque" dans la nouvelle configuration régionale et internationale |
S
O M M A I R E
N° 14
juillet - décembre 1992
Dossier consacré au rôle qu'entend ou que pourrait jouer la Turquie par rapport à l'aire turcophone qui s'étend de la Chine à la Bulgarie. Les langues turques peuvent-elles cimenter une culture commune ? Comment s'articulent les discours nationaliste et panturc, quels sont le rôle des fondations religieuses (les vakifs), l'image des Turcs dans les manuels iraniens, l'évolution politique récente de l'Azerbaïdjan ? Quelles sont les réactions iraniennes ?
Hazaï György
Un tableau de l'étendue géographique actuelle et de la classification linguistique des langues turques. Il cite les données, basées sur les recensements officiels de la population, concernant le nombre des peuples turcs dans les pays de la turcophonie. En même temps, l'article traite le problème de la naissance des langues turques littéraires dans le processus complexe de la formation historique de ces peuples au cours des XIXe et XXe siècles, et leur état actuel.
Bilici Faruk
Le vakif (fondation pieuse) est une des rares institutions ottomanes qui a résisté aux secousses de la Révolution kémaliste radicale. Considérée d'ailleurs comme étant tombée en désuétude, en tout cas délaissée par les chercheurs en sciences sociales, cette institution, réformée depuis 1967, et soutenue puissamment par les gouvernements surtout depuis le coup d'Etat militaire du 12 septembre 1980, montre en Turquie une nouvelle vitalité exceptionnelle tant économique que sociologique, redevenant un facteur de mobilisation et de sociabilité, et utilisée par tous les secteurs de la société. A ce titre, les vakifs turcs sont les lieux d'une différenciation sociétale et un des mécanismes de la société civile remplaçant en cela les très nombreuses associations existant avant 1980.
Copeaux Etienne
A partir de l'analyse du discours des articles consacrés aux "Turcs de l'extérieur" (les turcophones d'Asie Centrale et du Caucase) par le quotidien nationaliste Türkiye, l'article présente la vision développée par l'extrême droite turque sur les nouvelles républiques issues de la chute de l'URSS, sur le rôle qui devrait incomber à la Turquie, nouveau "grand-frère" et modèle possible d'un modernisme musulman. L'étude des associations, mouvements, réseaux diffusant les mêmes thèmes, et celle de l'évolution du discours entre 1990 et 1992 montre comment le quotidien et les forces politiques auxquelles il sert de tribune ont poussé à la reconnaissance des nouvelles républiques turcophones dès leur création.
Yavari d'Hellencourt Nouchine
La réalité des conflits interethniques en Iran comme ailleurs est indéniable et la dérision qui caractérise la perception du "Turc" par les "Persans" fait partie des modes de régulation des conflits, notamment dans la culture populaire. Mais la réaction parfois excessive des Iraniens en la matière est à la mesure de l'intensité des liens issus d'une histoire commune et diversement vécue, faite de heurts violents, de révoltes, de conflits, de négociations et parfois aussi de fusions.
Aboulatybov Ramiz et Balaev Aydin
Evolution politique de cette république depuis la constitution du Front populaire d'Azerbaïdjan et la mobilisation autour du conflit avec les Arméniens jusqu'au référendum sur l'indépendance en décembre 1991. Le rôle du FPA, ses dissensions internes, son refus de l'hystérie anti arménienne, son action en faveur de la démocratisation du pays.
Hamed F
Ali Shariati est généralement considéré comme l'idéologue de la révolution islamique iranienne. Cependant, les ayatollahs ont émis des critiques à l'égard de son uvre qui portent sur l'aspect trop occidental, voire marxisant, de ses travaux, sur sa conception moderniste et désacralisatrice de l'islam. Le "clergé" chiite ne peut accepter qu'on remette en question le monopole qu'il s'est arrogé sur la foi et la culture sacrées.
Beaugé Gilbert
Essai d'identification des principaux opérateurs et de périodisation de la production photographique : cet article part des débuts de la photographie en Turquie (1840) en distinguant les voyageurs, l'installation locale d'opérateurs étrangers et le rôle joué par l'armée. Il conclut en proposant un éventail de la période actuelle, tout en fournissant une bibliographie sommaire. Il s'agissait d'un premier repérage. Ce travail s'est poursuivi par la publication d'un ouvrage bilingue " Image d'Empire " publié à Istanbul par l'Institut d'Etudes français et la Banque Ottomane.
Tecer Meral
La Turquie s'était dotée pendant la période kémaliste d'un important secteur public. Depuis 1985 un programme de privatisation est mené, mais il ne rencontre pas le succès espéré et il est difficile d'établir un bilan sérieux. En outre le gouvernement Demirel semble privilégier l'autonomie et la restructuration des entreprises publiques.
Chronique bibliographique
Djalili Mohammad, "Robert L.Canfield (ed.), Turco-Persia in Historical
Perspective, Cambridge, Cambridge University Press, 1991, 256 p."
Ce livre,
sans prétendre analyser de manière systématique toutes
les interactions qui existent entre les deux peuples, fournit un cadre historique
précieux permettant de faire progresser la réflexion sur le sujet.
Pérouse
Jean-François, " Gönül Tankut, Bir Baskentin imari.
Ankara : (1929-1939), Ankara, Orta Dogu Teknik Üniversitesi, 1990,
247 p."
L'ouvrage
de G. Tankut analyse, sous un angle à la fois urbanistique et institutionnel,
les premières années de la construction officielle d'Ankara, promue
capitale de la République turque en octobre 1923. Il est centré
sur l'urbaniste H. Jansen, vainqueur du concours international restreint organisé
en 1928, et sur le travail de l'instance spécialement mise en place pour
superviser ladite construction, la "Direction à la Construction
d'Ankara" (A.I.M.).
Chronique scientifique
Adelkhah Fariba, " Crise du
Golfe et ordre politique au Moyen-Orient "
Trois thèmes
principaux se dégagent de ce colloque. Il est apparu d'abord que la crise
du Golfe n'était pas de nature à favoriser le processus de démocratisation
dans les pays arabes. La crise a contribué à expliciter et renforcer
l'importance de la composante nationaliste de la thématique islamiste,
faisant plus que jamais des forces qui l'exploitent l'axe de toute recomposition
à venir des scènes politiques arabes ; l'analyse des alignements
politiques auxquels elle a donné lieu. Dans un remarquable exposé,
Imam Faray a notamment dégagé les limites des explications identitaires
; la façon dont les acteurs étatiques ou proto-étatiques
(palestiniens) de la région ont géré cette crise. Quelques
manques dans ce domaine puisque la question kurde notamment n'a été
traitée qu'à la marge.