| N° 21 | L'immigration turque au féminin |
S
O M M A I R E
N° 21 janvier - juillet 1996
Gaye PETEK-SALOM
et Marie-José MINASSIAN
Numéro spécial consacré aux femmes turques dans l'immigration en Europe de l'Ouest. Celles ci montrent un taux très faible d'intégration et d'émancipation. Leur repli hors des tentatives de socialisation entraîne celui de toute la communauté et s'explique par des réflexes culturels qui plongent dans les comportements sociaux hérités de Turquie. FNSP.
LA FEMME EN TURQUIE
Aysegül
BASBUGU-YARAMAN
L'examen de la presse et des associations des femmes turques montre comment, dès la seconde moitié du XIXe siècle, la prise de conscience féministe est importante en Turquie. Elle fut à l'origine de la transformation de la condition féminine et de l'adoption de lois plus égalitaires, même si l'histoire officielle turque nie ces efforts. MJM.
Sirin TEKELI
La période républicaine a eu des effets importants sur la situation des femmes turques dans le domaine juridique et politique. L'apparition des femmes dans la vie politique contemporaine coïncide avec la réapparition du mouvement féministe dans les années 1980. MJM.
Aynur ILYASOGLU
Plutôt que de juger le port du voile comme signe de l'identité des femmes islamistes modernes, il conviendrait de rechercher l'explication de cet attachement dans l'idée de non-transitivité entre espace public et espace privé. Mais, précisément, l'identité s'affirme dans un espace social dérobé, qui n'est guère porteur d'avenir. MJM.
Ferhunde ÖZBAY
Dans la seconde moitié de la décennie 1990, contrairement à ce que laissent penser les mutations importantes de la société turque, où la condition féminine a fait de grands progrès, la situation des femmes face à la santé, à l'éducation et à l'emploi demeure toujours problématique. MJM.
Table ronde
I et II
Les articles précédents issus des communications du colloque "De la Turquie à l'Europe : l'immigration au féminin" organisé par l'association ELELE, ont donné lieu à des échanges, débats entre leurs auteurs cette rubrique fait état. CPC.
LA FEMME TURQUE DANS L'IMMIGRATION
Hamit BOZARSLAN
Les modifications dans le comportement migratoire, notamment celui de la communauté turque en France, laissent deviner une quasi égalité numérique hommes femmes au sein de cette communauté avant l'an 2000. En raison de cela et du statut emblématique de la femme dans la perception française de l'immigration, ces femmes deviennent un enjeu contradictoire entre les deux formes de sociétés et les deux ensembles de valeurs culturelles avec le risque de l'exclusion notamment en ce qui concerne les jeunes générations assez isolées. FNSP.
Czarina WILPERT
Après trente ans d'immigration turque en Allemagne le statut des femmes turques n'a guère changé malgré quelques réussites exemplaires mais forcément atypiques. Pourtant, c'est dans les mentalités que le changement peut se manifester avec notamment l'importance croissante attachée par les femmes turques (contrairement aux Allemandes) au travail féminin et celle inversement proportionnée attribuée au mariage.FNSP.
Gaye SALOM
Les jeunes filles d'origine turque en France, ainsi que les jeunes brus venues de Turquie, connaissent souvent des situations conflictuelles que la société française sait difficilement gérer. Leur bonne intégration dans cette même société est rendue difficile par la volonté des familles de renouveler une immigration devenue impossible, par le maintien de liens forts avec la Turquie à travers les mariages arrangés. MJM.
Altan GOKALP
La structuration de l'immigration turque, d'une remarquable rigidité, s'opère sur une base ethnique, confessionnelle et régionale. Le système d'alliances la renforce d'autant que les valeurs traditionnelles sont constamment réactivées par les images télévisuelles venues de Turquie. MJM.
Altay MANCO
La structuration des familles immigrées et l'organisation familiale dans la communauté turque de Belgique sont abordées ici à travers le rôle et les apports particuliers des femmes : certaines difficultés sont mentionnées. AM.
Nadine WEIBEL
La difficile recomposition de l'identité des femmes dans l'immigration en Alsace semble prendre la forme, pour beaucoup, d'une "entrée en islam". Paradoxalement considérée comme un chemin vers l'émancipation, cette voie débouche souvent sur un pouvoir coercitif exercé par les femmes islamistes envers les autres femmes du groupe. MJM.
Pinar HUKUM
Le travail associatif en direction des femmes dans l'immigration ne saurait se passer de mesures spécifiques, issues des institutions de la République. Seules celles-ci pourront favoriser l'intégration des femmes turques et leur pleine participation à la société française. MJM.
Nihal DOGAN
La participation des femmes d'origine turque à la vie associative gagnerait à être développée. Elle favoriserait leur émancipation, même si paradoxalement, les modèles qu'elles tentent spontanément d'imiter, ceux de la société hollandaise, leur renvoient l'image de la femme au foyer. MJM.
Table ronde
III et IV
On trouvera ici la suite des discussions entre les contributeurs qui ont suivi leurs communications au colloque "De la Turquie à l'Europe : l'immigration au féminin" organisé par l'association ELELE. CPC.
* * *
Nadège
RAGARU
La réaction outrageusement indulgente de l'Occident face à l'écrasement impitoyable même si laborieux de l'indépendantisme tchétchène est le reflet d'une stratégie diplomatique qui se voulait réaliste et prête à sacrifier les principes des droits de l'homme et des peuples afin d'obtenir dénucléarisation et stabilité régionale dans l'illusion d'une hypothétique "démocratisation". Une telle attitude, même si elle peut changer, notamment après les présidentielles russes, risque fort d'enliser les Occidentaux dans leurs futures relations avec la Russie. FNSP.
Mohsen HABIBI
Eslamshahr est le symbole des nouvelles banlieues iraniennes : après une structure qui ne ménageait aucune transition entre monde rural et villes, puis les cités miséreuses issues de l'industrialisation, émergent désormais des cités populaires prospères, ni urbaines ni rurales, autonomes tout en restant liées aux grandes villes comme Téhéran. FNSP.
Les négociations que Chypre s'apprête à entamer avec l'Union européenne en vue d'une éventuelle adhésion ne devraient pas poser de problèmes sur le plan économique. En revanche, la partition de fait de l'île et l'enlisement des discussions placées sous l'égide de l'ONU risquent fort de faire obstacle sur le plan politique. FNSP.
CHAMP LIBRE
"The survival of kemalism" par Sami
Zubaida (texte intégral)
Kemalism is the founding myth of the Turkish Republic, and secularism is an
integral part of it. It has become a "reference ideology" for all
subsequent generations and to the present, in the sense that all discourses
in political contest, including the Islamist, situate themselves in relation
to it. The taboos it imposed on these discourses, notably that on the advocacy
of the seriat, remain largely unbroken except by outright rebels and "extremists".
The respectable leaders of the Islamist party pay lip service to it, and even
claim its mantel in defence of the Turkish nation and the state as its core,
but with the addition of Islam as an essential component of heritage. In practice,
however, this ideological hegemony has been gradually eroded from the 1950's,
but significantly in recent times, not only by the rise and electoral success
of Islamic political advocacy, but also throught the prominence of different
Muslim forces and institutions in various spheres of public life and dicourse
: education, media, publishing, political parties and government service and
in terms of general public visibility. This has led to the sharpening of social
tensions between the religious and the secular, superimposed on divisions of
class, styles of life and regional affiliations. The affirmation of Kemalism
and secularism becomes an essential line of defence for the Westernized bourgeoisie
of the main cities and the institutions they control, especially in the media
and the political class, and the military is their main refuge. SZ.
"
Le nouveau cinéma iranien, dernier royaume du héros positif ?"
par Yves Thoraval
Eradiquant la "vulgarité" et l'occidentalisation du cinéma
iranien d'avant 1979 afin de "moraliser" les générations
de l'"ère nouvelle" khomeiniste, la Révolution islamique
a développé un cinéma axé sur le "héros
positif" -souvent jeune, sinon enfant - et sur les valeurs islamiques du
sacrifice pour plus démuni que soi ("hissar"). Un cinéma
d'autant plus efficace qu'il s'appuie sur des réalisateurs doués,
"nouveaux" ou "rachetés" de leur activité
sous le Chah, dont beaucoup raflent des prix internationaux et incarnent la
richesse esthétique du 7e Art islamique. YT.
"L'Union
européenne est-elle un club chrétien ?"
par Nur Vergin
Pour l'auteur, l'Union
européenne est effectivement déchristianisée et n'est par
conséquent pas un "club chrétien". Néanmoins
l'article cherche à montrer la persistance d'un sentiment religieux chrétien
qui explique le rejet dont fait l'objet la Turquie dans sa quête d'adhésion.
CPC.
"L'Iran
des magazines" par Dominique Carnoy-Tourabi
Hormis les spécialistes
du politique ou de l'économique, dont le travail s'inscrit dans les perspectives
d'une information de fond, ceux qui partent "faire de la copie en Iran"
n'envisagent souvent guère autre chose que de prouver, exemples et photos
à l'appui, que ce pays dans le fond, c'est toujours l'Orient. Un Orient
moderne, certes, mais dont les structures fondamentales n'ont nullement évolué,
dans l'imaginaire européen, depuis les temps héroïques des
missionnaires et des voyageurs philosophes
CPC.
Chronique
scientifique
"Monothéismes
et Modernités" par Ural Manço (Colloque de Carthage, Tunis,
2/4 novembre 1995)
Cette veille du IIIe millénaire, marquée par le "retour au
religieux", de sursaut de radicalismes et de repli identitaire dans un
contexte de mondialisation, invite, selon les organisateurs de ce colloque,
à réfléchir au pluriel sur les fondements de ces croyances,
leur évolution théologique et socio culturelle. Cette rencontre
se présente comme une approche comparative et critique en termes de sciences
humaines sur la question des monothéismes. Un regard posé par
des laïques à travers un cadre historique et anthropologique. Entreprise
par une dynamique équipe d'intellectuels tunisiens aidée par une
fondation allemande, cette rencontre a réuni 80 chercheurs, orateurs
ou auditeurs. L'objectif poursuivi par ce colloque est de repenser le couple
monothéisme/modernité. L'examen de l'état actuel des monothéismes
est lié aux questionnements sur la modernité; on a pensé
que celle ci allait les sortir de l'histoire. Or on constate que le christianisme
et le judaïsme ont relativement réussi à lui résister,
mais la cohabitation de l'islam avec la modernité pose encore des problèmes.
En réalité, tous les monothéismes connaissent aujourd'hui,
sous diverses formes, un rejet de la modernité. A tel point qu'il est
légitime de s'interroger : la modernité s'est elle développée
contre les monothéismes? Y a t il une seule ou plusieurs modernités?
La modernité (particulièrement en terre d'islam) découle
t elle nécessairement d'un mouvement d'occidentalisation? Le retour aux
monothéismes observé actuellement signifie t il la fin de la modernité?
Le colloque propose de fournir une réponse (nécessairement partielle)
à ces questions à partir de 16 communications regroupées
en trois axes analytiques. Le compte rendu développe essentiellement
le dernier de ces axes, d'ordre socio politique, lequel comporte également
trois exposés sur la Turquie: (1) Herméneutique des monothéismes
et des modernités; (2) Psychanalyse des monothéismes et des modernités;
(3) Politique des monothéismes et des modernités. Transformations
religieuses et sociétés en changement.UM.
Chronique
bibliographique
Michael
Barry, Roland et Sabrina Michaud, Faïences d'azur, Paris, Imprimerie
Nationale, 1995, 314 p., par Jean-Paul Roux
Dire d'un livre de l'Imprimerie nationale qu'il est beau serait un pléonasme.
Faïences d'azur l'est bien évidemment. Le texte de M. Barry
a pour tâche de se tenir au niveau atteint par l'édition et par
l'illustration. Ce n'est pas chose facile. Il y arrive fort bien. Pour une uvre
de poésie, il fallait quelque peu se faire lyrique, mais que ce lyrisme
ne tombe pas dans le ridicule. Un habile équilibre entre l'abstrait et
le concret, l'emploi d'images amples et sonores, le va-et-vient entre la technicité
précise des termes et les évocations vaporeuses de la pure beauté
créent un rythme tout à fait particulier, qui envoûte, qui
parfois enivre au point qu'on risque de se perdre un peu. Qu'on se rassure !
Si dans les premiers cahiers, l'auteur qui mêle dans son exposé
descriptions, sentiments, visions, est un peu difficile à suivre, plus
loin on s'accroche au fil conducteur et on avance d'un pied ferme. JPR.
Semih
Vaner, Deniz Akagül, Bahadir Kaleagasi, La Turquie en mouvement,
Bruxelles, Complexe, 1995, 160 p., par Ahmet Insel
Parmi les ouvrages de synthèse sur la Turquie le livre écrit en
collaboration par Semih Vaner, Deniz Akagül et Bahadir Kaleagasi (La Turquie
en mouvement, Complexe, Espace international 18) est une réussite. Dans
un format de poche et en moins de 150 pages, les auteurs brossent un tableau
relativement complet des problèmes actuels de la Turquie et indiquent
les pistes d'évolution. L'ouvrage est composé de trois parties
qui correspondent chacune à un des problèmes majeurs de la société
turque : l'épreuve démocratique, l'épreuve économique
et l'épreuve européenne. Les traditions démocratiques de
la Turquie et sa proximité économique avec l'Europe sont soulignées
par les auteurs qui rappellent néanmoins, avec Semih Vaner, que la solution
politique du problème kurde nécessite que la "question de
la représentation politique de la communauté kurde soit résolue".
Bahadir Kaleagasi esquisse par ailleurs des scénarios où on imagine
la Turquie fortement intégrée à l'Europe sur le plan économique
sans faire partie du noyau dur "fédéralisé".
Dans une annexe, sont présentés sommairement les partis politiques
présents au parlement turc en 1995 ainsi que la chronologie des principaux
évènements marquants. AI.
"A
propos d'un livre sur 'la culture mosaïque en Anatolie' " par Yvette
Benusiglio
Les "maisons du peuple", sortes de maisons de la culture, ont été
créées par Atatürk lui-même, en 1932, en remplacement
des "Foyers Turcs" (Türk Ocaklari) existants, pour barrer
la route à la culture "fascisante et raciste" que ceux-ci dispensaient.
C'est dans le but de faire revivre ces maisons du Peuple dont l'impact n'a jamais
été celui qu'Atatürk avait espéré que des représentants
de diverses ethnies et de divers groupes religieux se sont réunis. Leurs
exposés ont donné lieu à la publication de ce petit volume.
L'essentiel du débat a porté sur la contestation de la "culture
unique" instaurée une fois pour toute dans ce pays. Or, disent ces
conférenciers, la Turquie aurait tout à gagner à mieux
connaître l'histoire de ces peuples qui l'habitent, leurs cultures, leurs
langues. Au bout du volume, on découvre avec les exposants que le lien
qui les unit tous est l'Islam, mais pas l'Islam politique surgi récemment
et encore moins celui des fondamentalistes. YB.