N° 27 Sociétés musulmanes et démocratie
Le militaire, le paysan et l'entrepreneur

S O M M A I R E
N° 27 Janvier-Juin 1999

 

Semih VANER


Editorial (texte intégral)

 

Semih VANER


Introduction

La réflexion collective sur "Islam et démocratie" ou plus exactement sur "La question démocratique et les sociétés musulmanes", d'où est issu ce dossier, a commencé en mai 1997 et a donné lieu à plusieurs réunions dans le cadre des activités de l'Equipe de recherches sur la Turquie et l'Iran contemporains (ERTIC), un groupe informel du CERI. Il s'agit d'étudier la question sous deux angles complémentaires: la place de l'idée démocratique dans les pratiques discursives des sociétés musulmanes (des acteurs "islamistes" ou non), en faisant la part du rhétorique, et le fonctionnement sociologique, institutionnel et politique de ces dernières, évalué à l'aune démocratique.

 

Dominique URVOY


Islam et gouvernement du peuple

Les textes fondamentaux de l'islam (Coran et hadîths) définissent une conception hiérarchique du politique issue de la volonté de faire du Prophète un arbitre y compris sur le temporel. La revendication d'un caractère démocratique pour l'islam originel repose sur l'idée de consultation (shûra), laquelle est seulement une adaptation d'une pratique anté-islamique. Le Coran lui-même n'y fait allusion qu'en lui enlevant toute portée politique (XLII, 36-39), ou en conservant celle-ci uniquement comme une concession destinée à éviter les défections (III, 159). DU

 

Nouchine YAVARI D'HELLENCOURT


Islam et démocratie : de la nécessité d'une contextualisation. L'exemple iranien

Le monde musulman, exposé plus que jamais à des changements sociaux intensifiés par le processus de mondialisation, est devenu un terrain d'observation et d'analyse privilégiée. L'effort intellectuel des acteurs post-islamistes sur la modernité, en ouvrant un nouveau chapitre dans l'approche de la religion, fait de l'Iran un chantier de réflexion sur les rapports entre islam et modernité dont la démocratie a toujours constitué le fruit le plus inaccessible. Or si la démocratie est née en Occident, elle est avant tout une construction historique. Les rapports sociaux et les conflits politiques et économiques ne s'inscrivent pas dans l'ordre naturel et, si les conditions sont réunies, elles peuvent conduire ailleurs à la même exigence de liberté d'expression, de participation sociale et d'égalité des citoyens devant la loi. SV

 

LE MILITAIRE

François VINOT


Armée, laïcité et démocratie en Turquie

La Turquie est l'un des seuls pays du monde musulman qui soit une démocratie. Nous désignons par ce terme la démocratie pluraliste qui est apparue en Europe occidentale et a été prise pour modèle par bien des Turcs. La question des progrès passés et à venir du processus de démocratisation est largement liée à l'attitude des forces armées, dans de nombreux pays musulmans et plus encore en Turquie. De fait, l'armée ottomane puis turque, parmi les trois élites traditionnelles de l'Empire ottoman (civile-administrative ou mülkiye, militaire ou seyfiye, religieuse ou ilmiye), est particulièrement sensible aux défis de la modernité telle que l'Europe occidentale la représente. Elle y est confrontée à chaque campagne militaire. Elle a donc aidé les éléments les plus modernistes de l'élite civile, sous les Jeunes Turcs comme sous Mustafa Kemal, à imposer les réformes les plus audacieuses, dans un esprit séculier, voire laïciste, affirmé. Depuis l'affirmation du pluralisme politique à partir des années 1950, le laïcisme le plus déterminé a perdu de son poids, au moins relatif, dans les urnes ; d'autre part, l'armée, avant tout sensible aux risques de séparatisme, notamment kurde, a semblé limiter les avancées vers la démocratie, par des coups d'Etat ou des pressions sur le pouvoir civil. Il n'en reste pas moins qu'en empêchant, par des moyens pacifiques, l'instauration d'un régime islamiste, elle protège la République laïque, qui reste susceptible, à terme, de se rapprocher des démocraties occidentales. D'ores et déjà, une grande partie de la société turque est entrée dans une modernité de type occidental. Toutefois, les pesanteurs économiques, ou du système éducatif, ne permettent pas de considérer cette évolution comme pleinement achevée. FV

 

Mohammad-Reza DJALILI


L'armée et la politique : le cas de l'Iran

Durant la période monarchique de Reza Chah, l'omniprésence de l'armée dans la plupart des activités sociales, son implication dans les affaires internes, sa fonction essentielle d'instrument de renforcement du pouvoir étatique ainsi que ses privilèges exorbitants créent un ressentiment au sein de la population qui a du mal à la percevoir comme une véritable structure d'intégration et d'édification nationale. Son successeur exerce un contrôle serré sur l'institution militaire, en la faisant étroitement surveiller par la Savak, en jouant les factions les unes contre les autres, en réduisant les communications horizontales entre le personnel militaire au point de rendre en même temps impossible le développement d'un "esprit de corps". Depuis la révolution de 1979 semble se poser la question de savoir de quelle armée on parle. Les pasdaran ainsi que les bassidji constitueraient une sorte d'armée parallèle, "une force para-militaire", une milice disposant d'un matériel aussi sophistiqué que l'armée qui conserve un silence énigmatique. SV.

 

Françoise BLANCHARD


L'armée indonésienne et la question démocratique (texte intégral)

Deux groupes fournissent les cadres de l'armée et aucun des deux n'a été exposé à une influence démocratique : le premier, le plus nombreux est formé par l'armée japonaise, le second, plus restreint, est constitué par les officiers de l'armée coloniale. Dès sa création, elle s'engage dans une lutte contre l'insurrection communiste et un mouvement extrémiste voulant instaurer un Etat islamique. C'est en fait la conception de la "démocratie dirigée", d'inspiration corporatiste, qui semble marquer l'histoire contemporaine de l'Indonésie, les partis étant, pour les militaires, "porteurs de divisions et d'instabilité, inefficaces et corrompus". SV

 

LE PAYSAN

Gilbert ETIENNE


Le monde rural pakistanais et la démocratie

Après bien des aléas, le Pakistan est entré en démocratie à partir des élections de 1988. Deux traits saillants apparaissent : le poids du monde rural, en gros les deux tiers de la population, le poids des grands propriétaires fonciers dans les campagnes, dans la vie politique aux deux niveaux provincial et national. Prise dans son ensemble la société n'est pas statique et de nouvelles forces se manifestent. Néanmoins, il faudra du temps pour faire reculer l'influence des landlords, d'autant plus que la situation politique et économique n'est guère stable. GE

 

Mariam ABOU ZAHAB


Le Sipah-e Sahaba dans le Penjab. Islamisation de la société ou conflit de classe ?

Le Sipah-e Sahaba Pakistan (SSP), mouvement extrémiste sunnite apparu en 1985 dans un contexte de radicalisation des identités religieuses, est avant tout l'expression d'un conflit de classe qui trouve ses racines dans les conséquences de la partition du sous-continent indien en 1947 et dans les bouleversements sociaux des années 1960 et 1970 provoqués par la révolution verte et l'urbanisation incontrôlée. Financé en grande partie par la classe moyenne urbaine commerçante, ce mouvement qui a recours à la violence contre les chiites, recrute parmi les élèves des madrassas et les jeunes déracinés et sans emploi stable qui y trouvent un sentiment d'appartenance et un sens à leur existence. MAZ

 

Fahrad KHOSROKHAVAR


Les paysans dépaysannés et la révolution iranienne

Deux thèses sont en cours au sujet du rôle de la paysannerie lors de la révolution iranienne de 1979, à savoir la constitution d'une couche de proprétaires ruraux non opposés au régime qui avait mis en œuvre la réforme agraire d'une part, la mentalité paysanne iranienne liée à son réseau hydraulique et à une histoire spécifique, de l'autre. Ces deux thèses ne sont pas incompatibles et peuvent se combiner de diverses manières selon les régions, l'histoire locale et la nature des forces politico-économiques sur place. Au cours de la révolution, l'influence des groupes des paysans dépaysannés a eu son importance. Après la révolution, ils ont joué un rôle dans la tournure antidémocratique et néo-puritaine du pouvoir post-révolutionnaire. Vivant toujours sur le mythe de communauté paysanne qu'ils pensaient pouvoir élargir à la ville entière, ils voulaient "moraliser la vie urbaine" et indiquer la "débauche" et l' "immoralisme" des couches urbaines "dépravées". SV

 

L'ENTREPRENEUR

Hakan YILMAZ


Business notions of democracy : The Turkish experience in the 1990's (texte intégral)

This article examines three basic factors that motivated big business groups in Turkey to give their support to the cause of democratisation since the end of the 1980s: democratisation as a means of facilitating Turkey's membership in the European Union, as a method of putting the bureaucracy under bourgeois discipline, and as a way of subordinating the political class to the will of the bourgeoisie. Parallel to this, some important differences between the Turkish bourgeoisie's conceptions of democracy in the Cold War and post-Cold War periods are explored. Hence, it is argued that during the Cold War, corresponding to the influences coming from the USA, the Turkish bourgeoisie's conception of democracy did not go beyond the basics of political democracy: a relatively unfettered party competition, regular elections, and a limited freedom of speech. By the end of the 1980s, however, mobilized by the goal of integrating Turkey with the European Union, big business groups have come forward with loudly expressed demands for the expansion of political liberalization and for the deepening of democratisation, including primarily the incorporation of the Islamic and Kurdish political movements into the political system. In the final part of the article, it is claimed that the chances for the Turkish state to get transformed into a bourgeois democratic state are still very low. HY

 

Marcie PATTON


"Open for business" : Capitalists and globalization in Turkey and Morocco

This article argues that the response of domestic capitalists to globalization affects how economic globalization is contested and experienced locally. The responses of capitalists, collectively organized in business associations so as to mediate the impacts of globalization, are shown to follow different trajectories in Turkey and Morocco. Both countries rhetorically welcome economic globalization, however, distinctive patterns of state-capital relations (detached, symbiotic) have influenced the business elite's vision of what is to be gained from embracing globalization. In Turkey capitalists are convinced that the economic logic of globalization will work to their advantage, whereas in Morocco they are concerned with shaping the political logic of market reform to their benefit. MP

 

Eric GOBE


Le secteur privé égyptien et l'action publique : Associations d'hommes d'affaires et démocratisation dans l'Egypte de l'Intifah

En Egypte, plus tôt que dans d'autres pays arabes, la crise de l'Etat redistributeur a conduit les autorités de ce pays, dès le milieu des années 1970, à reconnaître une nouvelle légitimité au secteur privé et à inaugurer une politique d'infitah (ouverture). Cependant, le développement des associations représentant les intérêts des hommes d'affaires, à partir de la fin de la décennie 1970, ne relève pas d'une sociabilité apte à renforcer un tissu associatif articulant une sphère privée à un espace public, mais ressortit à un réaménagement partiel des relations entre l'élite politique et le monde égyptien des affaires. Aussi, le secteur privé en Egypte n'est-il pas pour l'heure, un acteur de la démocratisation du régime politique. EG

 

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Jean RADVANYI et Nicolas BEROUTCHACHVILI


L'Adjarie, atout et point sensible de la Géorgie

Seule république autonome de Géorgie à ne pas avoir connu de conflit armé lors du passage à l'indépendance, l'Adjarie représente à la fois un atout majeur du fait de sa position stratégique à la frontière turque et de l'importance du port de Batoumi, et un point noir, tant les relations entre les autorités de Tbilissi et la présidence locale sont notoirement difficiles. Tout en analysant les facteurs géographiques et géopolitiques, l'article tente d'évaluer le poids des personnalités en présence dans ce conflit larvé qui oppose Aslan Abachidzé, le président adjare à Edouard Chevardnadzé. JR

 

Ekatherina MEIERING MIKADZE


L'Islam en Adjarie : trajectoire historique et implications contemporaines

Après des décennies d'interdits, dans un contexte politique et culturel marqué par une grande difficulté à accepter la différence religieuse, cette étude est l'une des toutes premières à s'attaquer à la question de l'Islam au sein de la nation géorgienne. Dans sa partie historique, elle s'appuie essentiellement sur les sources géorgiennes. Pour l'auteur, exploiter les travaux et les témoignages des chercheurs et des voyageurs géorgiens de la seconde moitié du XIXe siècle est essentiel. Cela lui permet non seulement d'approcher des sources jusque-là inédites ou tabou, mais aussi de mieux cerner les représentations géorgiennes des Géorgiens musulmans, en particulier des Adjars, dans une Géorgie alors engagée dans la construction / reconstruction de son histoire. Toutefois un certain nombre de ces sources, en particulier Zakaria Cicinadze, sont aujourd'hui l'objet de vives discussions et de critiques en Géorgie. JR & CU

 

David DARTCHIACHVILI et Charles URJEWICZ


L'Adjarie, carrefour de civilisations et d'empires

La République autonome d'Adjarie est l'exemple paradoxal d'un processus singulier qui entraîna un Etat athée à s'appuyer sur le facteur religieux afin d'y créer une entité étatique spécifique. L'effondrement de l'Union, la disparition des instances de commandement, intermédiaires obligés dans les rapports entre "centres" et "périphéries", ont remis en cause les équilibres sur lesquels reposait l'édifice national soviétique. En l'absence d'une base légale, voire d'une règle du jeu acceptée par tous, les questions essentielles posées par les périphéries n'ont pas trouvé de réponse. Mais cette République atypique n'a pas, à l'exemple de l'Abkhazie ou de l'Ossétie du Sud, proclamé son indépendance, pas plus qu'elle n'a exigé un élargissement formel de son autonomie. Les héritiers des lignées qui avaient dirigé l'Adjarie jusqu'au siècle dernier, les Abachidzé et les Khimchachvili, sont de nouveau sur le devant de la scène. L'un d'eux, Aslan Abachidzé, en est aujourd'hui le président. CU

 

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Caroline IBOS


Un exemple de bricolage identitaire dans l'espace post-soviétique : la république autonome de Yakoutie-Sakha

Les Sakhas, habitants d'une république de Yakoutie-Sakha enclavée dans la Sibérie, sont les turcophones les plus septentrionaux de Russie. Dans le contexte post-soviétique, qui est celui d'un éclatement de l'identité collective, ils réexplorent leur culture ancestrale et classique, tout en cherchant à s'intégrer à la modernité. Les conflits entre, d'une part culture centrale et culture locale, et d'autre part, culture ethnique et culture universelle, sont particullièrement aigus. Ainsi d'un côté l'histoire de la Yakoutie ne peut se comprendre qu'à partir de la colonisation de la Sibérie par la Russie. D'un autre côté, revisiter l'héritage ethno-historique suppose la réappropriation (pour une éventuelle transformation) du nomadisme, du pastoralisme, du chamanisme, si longtemps et si souvent préjugés archaïques. Réappropriation et transformation : d'où l'on peut évoquer un "bricolage" culturel, au sens que Lévy-Strauss a pu donner au terme. Négociant avec le centre, affrontant la crise économique et sociale, les élites de la République de Yakoutie-Sakha, quelles que soient leurs origines ethniques, tentent pourtant ce bricolage identitaire, soit la reconstruction de récits collectifs étayés sur des expériences, des observations et des figures héroïques communes. CI.

 

H.B. PAKSOY


Basmachi (Basmatchevo) movement and Z.V. Togan : the Turkistan national liberation movement

The "formal" beginning of the "Basmachi" movement is usually associated with the tsarist Imperial Decree of 25 June 1916, which ordered the first non-voluntary recruitment of Central Asians into the army during the First World War. The movement was a reaction not only to conscription, but to the Russian conquest itself and the policies employed by the tsarist state in that region. Although it is primarily Russian sources and officialdom who used the term "Basmachi" --and almost exclusively to denigrate the movement-- to the Central Asians, it was an Action for National Liberation, and so referred. Zeki Velidi Togan (1890-1970) was a professor of history for over half a century. He taught and earned academic degrees and rank in the institutions of higher learning on three continents, including the U.S. Early in his career, Togan had been a principal leader of the Turkistan National Liberation Movement (Turkistan National Liberation Movement) in Central Asia (1916-1930s). He therefore belongs, along with the Ukrainian professor Michael Hrushevs'kyj (1866-1934), and the Czech professor Thomas Masaryk (1850-1937), to an unusual group of distinguished historical persona. All three endeavored to write the history of their nations, and took time away from their respective libraries to secure intellectual, cultural, civil and political independence for their polities. A Central Asian himself and a principal leader of the Turkistan National Liberation Movement, Togan described the sources of the Movement and the structure of the Central Asian Societies. This paper provides an overview of his works. HBP

 

CHAMP LIBRE

Bayram Balci, "Hoca Ahmet Yesevi : le mausolée et l'université"
Profitant de la fin de l'ex-URSS et de l'émergence de nouvelles républiques turcophones sur la scène centre-asiatique, la Turquie cherche à concevoir une politique publique cherchant à développer les liens entre elle et le reste du "monde turc". Dans cette politique étatique, la promotion de ce qui paraît être un patrimoine culturel commun occupe une place très importante. Ainsi, la promotion des idées d'Ahmet Yesevi, mystique türk du 11ème siècle qui a rayonné sur l'ensemble du monde türk de l'époque, est pour la Turquie un instrument de cette politique de coopération avec l'Asie centrale. La création d'une université turco-kazakhe portant le nom d'Ahmet Yesevi peut être considérée comme le couronnement de cette entreprise. Bâti dans la ville de Turkestan dont l'histoire se confond avec celle du personnage en question, cet établissement abrite environ dix milles étudiants très majoritairement kazakhs et accessoirement turcs ou ouzbeks. Constituant la clé de voûte de la coopération universitaire entre la Turquie et le Kazakhstan, l'université Ahmet Yesevi n'a toujours pas réussi à résoudre ses difficultés de fonctionnement, liées à l'enclavement de la région mais aussi aux conceptions que se font les uns et les autres de ce que doit être sa mission. En effet, si les Turcs la voient comme une immense université commune à l'ensemble du monde turc, leurs partenaires kazakhs ont tendance à la considérer comme un établissement avant tout kazakh, au service de l'Etat kazakh. BB


Gilles Dorronsoro, "Les talebans entre direction charismatique, réseaux cléricaux et solidarités internationales"
L'arrivée des Taleban sur la scène politique afghane en 1994 et leur prise de contrôle de la plus grande partie du pays oblige à s'interroger sur la nature de ce parti, particulièrement peu ouvert sur l'extérieur et souvent caricaturé par les médias. Les informations aujourd'hui disponibles permettent pourtant de comprendre plus précisément les logiques contradictoires qui traversent ce mouvement politico-religieux et sa pratique du pouvoir. GD


Mariam Abou Zahab, "Iran, Pakistan : une alliance traditionnelle mise à mal"
L'alliance entre le Pakistan et l'Iran, tous deux liés aux Etats-Unis, a été remise en cause dans les années 80 à la suite de la révolution iranienne et de la politique d'islamisation sunnite mise en place au Pakistan par le général Zia ul Haq. L'ingérence pakistanaise dans le conflit afghan et les violences confessionnelles au Pakistan liées à une radicalisation de la communauté chiite ont mené les deux pays au bord de la rupture. La tension est toutefois retombée au début de 1999 et les deux pays ont repris leurs relations traditionnelles de bon voisinage. MAZ

 

Chronique bibliographique


Henri J. Barley and Graham E. Fuller, Turkey's Kurdish question (Lanham: Rowman & Littlefield Publishers, 1998) par Hakan Yavuz
Les deux auteurs du livre sur la question kurde en Turquie passent en revue l'identité religieuse et l'ethnicité dans l'Empire ottoman avant de s'interroger sur le sens de la modernisation kémaliste. Ils consacrent également un chapitre à l'analyse du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). SV

 

Chronique artistique


"Cinéma iranien 99 : un certain dégel" par Y. Thoraval
Une certaine décontraction des gens de cinéma et surtout la soif de voir "autre chose" de la part des spectateurs semblent jouer un rôle positif sur le cinéma iranien d'aujourd'hui. Il ne faut pas oublier en effet que le public iranien est quasiment coupé des films étrangers et n'ont donc que leur cinéma national comme source de divertissement. Mais le timide "dégel" actuel suffira-t-il à étancher la soif d'images d'une jeunesse qui rêve d'"Amérique", un concept plus qu'un pays défini ? YT


"La sortie de YOL en Turquie: un évènement culturel" par Nicolas Monceau
Après plus de quinze années d'interdiction, le film Yol, réalisé par Serif Gören sur les indications de Yilmaz Güney, alors en prison, est sorti dans les salles de cinéma turques en 1999. Légèrement remanié, le film conserve toute sa puissance d'émotion mais perd de son caractère subversif. Sa sortie en Turquie représente cependant un réel signe d'ouverture sans parvenir pour autant à briser les tabous en vigueur. Sa réception auprès d'un public majoritairement jeune permet également de situer la place d'un personnage mythique, Yilmaz Güney - véritable héros populaire et marxiste convaincu - dans la Turquie d'aujourd'hui que ce dernier aurait peut-être du mal à reconnaître : pérennité d'un mythe ou simple succès d'estime ? NM

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