N° 28 Turquie-Israël : un siècle d'histoire partagée

S O M M A I R E
N° 28 juin-décembre 1999

 

Semih VANER


Editorial (texte intégral)

La Turquie fut le premier pays musulman à reconnaître l'Etat juif, dès 1949. Depuis, les rapports entre Ankara et Tel Aviv se sont développés aussi bien sur le plan politique qu'économique. Un accord cadre de coopération militaire a été signé le 23 février 1996 entre les deux capitales. Le dossier qu'introduit Esther Benbassa, intitulé "Turquie-Israël: un siècle d'histoire partagée", ne s'arrête pas aux questions politiques, stratégiques et sécuritaires, même si ces derniers aspects sont fortement présents. Il constitue sans conteste le travail le plus accompli effectué à ce jour sur la question et englobe les dimensions aussi bien historiques qu'identitaires et internationales de ces relations. Dans ce vingt-huitième numéro des Cahiers, on peut trouver aussi, en dehors du dossier central, plusieurs travaux originaux.

 

Esther BENBASSA


Introduction

La Turquie et Israël connaissent ces dernières années un rapprochement à la fois nouveau et naturel. Quelles en sont les raisons stratégiques ? Hier, les Juifs formaient un des millet de la mosaïque ottomane, aujourd'hui les deux pays subissent des évolutions qui tendent à les faire converger. Ces deux entités du Moyen-Orient bouillonnant, qui comptent dans la géopolitique de la région, ne se sont jamais vraiment quittées. Aujourd'hui, elles peuvent contribuer à une certaine stabilité. Mais leur entente risque-t-elle d'avoir des implications sur d'autres équilibres locaux ? Leur histoire est aussi celle d'un Moyen-Orient qui cherche à se positionner sur l'échiquier politique mondial et parallèlement aux grandes puissances qui, demain, auront peut-être moins le pouvoir de dicter leurs volontés.

 

L'EMPIRE OTTOMAN ET LE MOUVEMENT SIONISTE : GENESE DES RELATIONS

Yoram MAYOREK


Herzl and the Ottoman Empire

Herzl pensa pendant un moment que le salut pour le règlement de la question de Palestine viendrait de l'Empire Ottoman. Ce qui explique ses visites dans le pays et les contacts qu'il prit sur place pour convaincre le Sultan du bien-fondé de ses requêtes. On connaît les échecs qu'il essuya et qui le firent se tourner vers d'autres puissances.

 

Esther BENBASSA


Des sionistes sans sionisme

La révolution jeune-turque (1908) avec l'espoir qu'elle suscite au sein du mouvement sioniste qui attend un changement dans l'attitude des Ottomans à l'endroit de la question de Palestine ouvre la voie à la fondation quelques mois après d'une antenne sioniste à Istanbul. Les leaders sionistes, pour faire fléchir les dirigeants ottomans, comptaient se servir des communautés juives locales en créant un véritable rapport de forces susceptible dans le moyen terme de les aider à faire avancer la question de Palestine. Pour ce faire, ils créent sur place les conditions qui leur permettraient de gagner les populations juives locales. Le mouvement sioniste se heurta cependant à l'élite communautaire dirigeante, associée à l'Alliance israélite universelle et à son idéologie antisioniste de l'époque. La lutte sera impitoyable et contribuera à désorganiser des communautés déjà fragiles, sans pour autant aboutir à des résultats tangibles.

 

Isaiah FRIEDMAN

International Implications

La révolution jeune-turque et les déclarations de ses leaders en faveur de la liberté et de l'égalité furent interprétées par les sionistes comme le début d'une nouvelle ère pour la négociation de la question de Palestine. Au début, ce fut d'ailleurs le cas. A la bonne volonté des Ottomans sur ce sujet, les sionistes répondirent par le témoignage de leur loyauté. Ce n'est qu'après 1909 que les Jeunes-Turcs changeront leur attitude. On reviendra sur les promesses d'égalité pour tous les sujets ottomans sans distinction de religion et les slogans de liberté seront mis au placard. L'ottomanisme aboutit au turquisme et le rêve d'un Empire multinational s'effondre. Pour les groupes minoritaires qui attendaient beaucoup des nouveaux dirigeants la déception sera grande. C'est dans ce contexte que l'auteur analyse les vicissitudes que connut le sionisme.

 

LA JEUNE REPUBLIQUE TURQUE ET LE SIONISME

Jacob LANDAU


The Role of Language in the National Movements in Turkey and Israel

Le choix de la langue pour les États relève toujours de considérations hautement politiques. Les mouvements nationalistes font des efforts importants pour promouvoir le statut de leur langue et l'utilisent comme outil dans la construction de la nation. Les emplois qu'en firent les patriotes turcs et hébreux, même s'ils présentent de nombreuses similitudes, n'en sont pas moins différents. La philosophie centralisatrice qui se trouvait au fondement de la Turquie la fit pencher pour la création et le maintien d'une société monolingue. Quant à Israël, moins centralisé et davantage pluraliste, il opta pour une approche de la langue plus accommodante. Même si les fondateurs de l'État juif ne nièrent nullement la force de cohésion que devait revêtir la langue hébraïque, très vite ils se rendirent compte que le multilinguisme fut et restera dominant dans une société d'immigrants juifs abritant également une large minorité arabe.

 

Esther BENBASSA


La clandestinité

Après l'avènement de la République kémaliste, de type exclusiviste, le judaïsme turc se coupa officiellement du cadre organisationnel du mouvement sioniste, ce qui n'empêcha pas le maintien d'un sionisme clandestin. Comment mener des activités d'encadrement, de propagande, d'endoctrinement, d'apprentissage dans un tel contexte? Comment un sionisme effectif aurait-il pu se développer, lorsqu'on sait aussi que les dirigeants sionistes s'intéressaient relativement peu aux Juifs locaux après le démembrement de l'Empire à la suite de la Première Guerre mondiale? Dans la clandestinité, il y avait peu de possibilités de formation pionnière et autres pour préparer l'émigration des locaux. On peut ainsi parler ici d'un sionisme sans idéologie. Les années qui précédèrent le kémalisme ne furent pas suffisantes pour imprégner la population du message idéologique du sionisme. Reste qu'à la fondation de l'État d'Israël environ 30.000 Juifs y émigrent. Comment expliquer cet exode ? L'article tente de répondre à cette question.

 

Laurent-Olivier MALLET


Les Juifs de Turquie : entre les minorités et la construction identitaire turque

Les premières années de la République de Turquie furent pour les Juifs comme pour l'ensemble des citoyens turcs une période de profonds bouleversements ainsi que celles de l'émergence, si ce n'est d'un nouveau sentiment, tout au moins d'un nouveau discours identitaire. Les Grecs, les Arméniens et les Juifs se sont retrouvés, après le traité de Lausanne et l'instauration de la République de Turquie, dans une situation paradoxale. D'un côté, ils avaient acquis de nouveaux droits, dont une citoyenneté pleine et entière; d'un autre côté, ils bénéficiaient d'un régime d'exception issu des dispositions du traité de Lausanne concernant les minorités non musulmanes. Dans les faits, les inégalités entre musulmans et non-musulmans ne furent pas supprimées mais changèrent de nature. Les premières décennies de la République turque furent ainsi pour les "nations" devenues "minorités" une période de contradiction entre une exigence de turquification sans cesse renforcée et une sorte de mise à l'écart, le tout alimenté par des souvenirs sanglants encore vifs. L'auteur étudie les pressions exercées par les autorités turques pour faire renoncer les "minorités" aux stipulations du traité de Lausanne les concernant, et ceci dans l'ambiance discriminatoire du moment. Les Juifs servant ici d'étude de cas privilégiée.

 

Ayhan AKTAR and Soli ÖZEL


Turkish Attitudes vis-à-vis the Zionist Project

La coopération entre Israël et la Turquie connaît une renaissance. Les auteurs se penchent d'abord sur les modalités de la reconnaissance de l'État hébreu lors de sa fondation et les réticences qui animèrent les politiciens turcs. Ceux-ci furent toujours guidés dans leur attitude à l'endroit d'Israël par des calculs rationnels. Ils appréhendèrent, et avec raison, ce pays comme une ouverture vers l'Occident. Lorsqu'ils se rendirent compte de la force des sionistes et de leur capacité à influencer Washington en faveur de la Turquie, leur comportement envers eux et envers Israël changea fondamentalement. La Turquie vit en Israël un allié naturel, mais attendit 1990 pour le proclamer ouvertement.

 

TURQUIE-ISRAEL : EVOLUTIONS IDENTITAIRES

Alain DIECKHOFF


Les visages du fondamentalisme juif en Israël (texte intégral)

La victoire israélienne de juin 1967 fut perçue par la jeune génération de sionistes religieux comme un événement miraculeux par lequel la présence divine s'était manifestée d'une manière exceptionnelle. La prise de possession de l'intégralité de la terre d'Israël (de la Méditerranée au Jourdain) marquait un progrès qualitatif dans la voie du messianisme, ce qui situait le peuple juif, pour ces sionistes religieux, au centre même du processus rédempteur. Cette perception idéo-théologique, popularisée par le fils du Rav Kook, fut portée, à partir du milieu des années 1970, par le Gouch Emounim (La Bloc de la Foi), l'aile activiste du sionisme religieux. Celui-ci s'est rendu célèbre par l'élan qu'il a donné à la colonisation de la Cisjordanie et de Gaza, la présence juive étant considérée comme un véritable impératif religieux susceptible de hâter la fin des temps. D'autres courants fondamentalistes se développèrent également partageant un nationalisme intransigeant voyant dans l'union du peuple juif et de la terre promise un dogme intangible. Ce cocktail explosif de fondamentalisme religieux et d'ultranationalisme n'a pas encore fini de faire des dégâts.

 

Rifat N. BALI


The Image of the Jew in the Rhetoric of Political Islam in Turkey

Necmettin Erbakan, futur leader du Parti de l'Ordre National, est élu au Parlement en 1969. Un an plus tard, il fonde son parti. Dans la conférence de presse qui suit, il déclare que les sionistes et les francs-maçons n'y seront pas admis. Dès lors, le thème du Juif devient un élément constant de la rhétorique de ce parti islamiste. Les partis qui succéderont à celui-ci, dont la vie sera bien courte, continueront cette tradition. L'image du Juif dans cette rhétorique est comme on peut le penser très négative. L'obsession étant la domination du monde par le Juif, dans la lignée directe du discours des Protocoles des Sages de Sion, livre d'ailleurs très populaire en Turquie, ayant connu jusqu'à récemment un nombre de réimpressions spectaculaire. L'image du Juif en Turquie varie en fait selon les événements politiques, que les islamistes mettent à contribution pour la remodeler. La rhétorique islamiste nourrissait jusqu'à récemment un antisémitisme populaire important ; elle tend à se tempérer, par souci stratégique, avec le tournant pris ces derniers temps par les relations entre la Turquie et Israël, lequel se répercute bien sûr positivement sur celles entre la Turquie et les Etats-Unis.

 

Rifat N. BALI


Une association raciste: l'Association turque pour la lutte contre le sionisme

Dans un pays où, au cours des années 1970, le conflit entre la droite et la gauche avait atteint son paroxysme, le sionisme a facilement été perçu comme une menace pour la Turquie, au même titre que le communisme. On peut trouver dans une certaine mesure les origines de cet amalgame dans les allégations du manifeste politique d'Adolf Hitler, Mein Kampf. L'admiration des nationalistes et des extrémistes de droite turcs pour Hitler tient au fait qu'ils ont d'abord vu en lui un leader qui s'est courageusement opposé au communisme, qui a lancé la guerre contre l'URSS, et qui a été le "défenseur" et l'applicateur zélé de la notion de "race pure". En 1968 fut créée par ces mêmes nationalistes et extrémistes de droite l'Association turque pour la lutte contre le sionisme, laquelle succédait à une association pour la lutte contre le communisme (ce qui était naturel, les sionistes utilisant le communisme comme marchepied pour atteindre leur objectif de domination mondiale). La rhétorique antisioniste de ces groupes en Turquie est l'expression d'un antisémitisme actif dont cette association se fit le porte-parole jusqu'à sa disparition, probablement vers 1979.

 

Benny MORRIS


Reconsidering Israel's Past

Un des chefs de file de la nouvelle histoire en Israël, qu'on qualifie également de post-sioniste, met en question la rhétorique sionisto-nationaliste qui, pour des raisons idéologiques, quitte à faire une lecture des faits souvent unilatérale, a produit une historiographie conforme à ses vœux. L'ouverture de nouveaux fonds d'archives, l'évolution des mentalités en Israël, l'affaiblissement de l'idéologie sioniste font qu'aujourd'hui s'impose dans certains cercles intellectuels une nouvelle grille de lecture des événements, notamment ceux qui concernent les Arabes au premier chef.

 

LES RELATIONS TURCO-ISRAELIENNES ET LA SCENE INTERNATIONALE

Amikam NACHMANI


A Triangular Relationship: Turkish Israeli Cooperation and its Implications for Greece (texte intégral)

Pour comprendre la dynamique trilatérale des relations entre Israël, la Turquie et la Grèce et mieux saisir leur complexité, l'auteur les considère sur une durée de cinquante ans, qui correspond à la fondation du jeune État juif. Ce dernier estime que ses rapports étroits avec la Turquie sont une des meilleures réussites de sa politique étrangère. Par ailleurs, la critique portée par les États arabes contre cet état de fait est la preuve même de cette réussite. La Turquie également l'apprécie à sa juste valeur. Il représente en quelque sorte un substitut aux relations assez peu chaleureuses qu'elle entretient avec l'Europe et les Etats-Unis. Quant à la Grèce, elle reste attentive aux réactions du monde arabe, ce qui empêche l'avancement de la coopération entre elle et Israël.

 

Mohammad-Reza DJALILI


Le rapprochement entre la Turquie et Israël:conséquences pour les relations turco-iraniennes

S'il ne faut pas s'étonner de la réaction très négative de la République islamique d'Iran par rapport à la coopération militaire étroite qui se développe depuis 1996 entre la Turquie et Israël, il ne faut cependant pas conclure à la détérioration définitive des relations irano-turques. Ces relations entre les deux pays voisins sont bien plus complexes que l'on n'imagine parfois et elles n'oscillent pas constamment entre deux pôles extrêmes, à savoir l'amitié aveugle et l'inimité absolue. Malgré l'existence parfois de profondes divergence entre Ankara et Téhéran, les deux pays partagent des intérêts communs suffisamment importants pour ne pas envenimer leurs rapports bilatéraux au-delà d'un certain seuil. De plus, dans l'état actuel des choses, s'il y a risque de détérioration, il faut peut-être pas en chercher la cause uniquement du côté des liens spécifiques turco-israéliens.

 

TEMOIGNAGES

Ekrem GÜVENDIREN

Turkish-Israeli Relations

Le premier ambassadeur de Turquie en Israël, poste créé seulement en 1992, évoque sa vision des relations entre les deux pays.

 

Eli SHAKED

Concluding Remarks on Turkish-Israeli Relations

Le Consul général d'Israël à Istanbul situe les contacts entre les deux pays dans le contexte historique et suit leur évolution depuis la fondation de l'État hébreu en prenant en compte les liens de la Turquie avec les pays arabes.

 

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Yves Le LANNOU


Gendarmes français en Cilicie (1918-1922)

Lors de la victoire, en 1918, la France doit participer au démembrement de l'Empire ottoman vaincu. Hors les protectorats syrien et libanais, elle cherche à occuper la Cilicie, au sud-est de la Turquie actuelle. L'affaire est tout de suite mal engagée, sans doute par manque de moyens, de soutien. Peut-être aussi parce que la France se trouve dépassée par une nouvelle forme de guerre. L'affaire dure à peine trois ans et se solde par un échec pour la France. Voici la relation qu'en font les gendarmes de la prévôté qui accompagnent les troupes d'occupation et rédigent de nombreux rapports.

 

Marlène LARUELLE


Jeux de miroir. L'idéologie eurasiste et les allogènes de l'Empire russe  

Cet article se donne pour but d'éclairer le jeu de miroir qui se développe depuis la chute de l'Union soviétique entre eurasistes russes et eurasistes turcophones, principalement Tatars et Kazakhs. L'enjeu y est de taille : transformer en une nouvelle idéologie de promotion du monde turcophone et musulman l'une des versions possibles du nationalisme russe (prôner l'existence d'un troisième continent dénommé Eurasie recoupant les frontières de l'Empire russe, dans lequel les Russes joueraient le rôle de "ciment" de l'ensemble des peuples orientaux de cet espace). Ces néo-eurasistes tatars et kazakhs exigent alors une réhabilitation historique du monde turcique de l'Eurasie et un rééquilibrage des pouvoirs en leur faveur tant dans l'espace post-soviétique qu'en Russie même. Un tel jeu intellectuel implique aussi, même si elle n'est pas citée en tant que telle, la grande oubliée de ce débat sur les peuples "carrefour", la Turquie : cet article se donne donc également pour but d'ouvrir la discussion "eurasienne" au monde turc en commençant par réfléchir à la réappropriation du discours eurasiste russe par les marges turco-musulmanes de l'Empire.

 

Sylvia SERRANO


Les Azéris de Géorgie: Quelles perspectives d'intégration ?

En l'absence de conflits ouverts ou de revendications séparatistes, la communauté azérie de Géorgie est peu étudiée. Pourtant, forte de 370 000 habitants, elle constitue l'une des principales minorités ethniques, après les Russes et les Arméniens. Les Azéris jouent un rôle d'autant plus grand qu'ils sont fortement implantés dans une région stratégique qui leur permet de contrôler les axes traversant la Géorgie vers l'Arménie. Alors que la Géorgie indépendante tente de se construire sur le modèle de l'Etat-Nation, les minorités sont confrontées à une nouvelle donne et n'ont d'autres choix que l'intégration. Même si la législation en vigueur se veut protectrice de leurs droits, les politiques mises en œuvre sont impuissantes à lutter contre une marginalisation grandissante, dont témoignent les indicateurs démographiques et sociaux. La persistance du problème linguistique, la sous-représentation dans les instances du pouvoir, des comportements politiques particuliers sont autant de signes de la difficulté des Azéris à devenir des citoyens à part entière de la République géorgienne. En l'état, ils préfèrent se placer sous la protection de l'Azerbaïdjan pour promouvoir leurs revendications, au risque d'alimenter la méfiance dont ils sont déjà l'objet.

 

Isabelle RIGONI


Nationalismes et violence politique dans l'Etat unitaire Comparaison des cas des Kurdes du PKK et des Tamouls des LTTE

Si la guérilla moderne commence au début des années 1980, les origines du développement du conflit dans les États unitaires turc et sri lankais sont à chercher dans l'Histoire (réappropriation de l'histoire et diffusion d'une historiographie nationaliste, à la fois par l'État et les groupes extrémistes). L'auteur s'intéresse ici à la fois aux bases de l'ethnicisation et aux répertoires et champs de mobilisation des LTTE et du PKK. Puis, il étudie la façon dont les exilés alimentent la "lutte de libération nationale" et contribuent à la transterritorialisation des conflits.

 

CHAMP LIBRE

Marie Ladier, "Etude démographique du divorce en Iran : le cas de Chiraz en 1996"
En Iran, le niveau relativement bas du taux de divortialité observé au cours de la dernière décennie témoigne de la stabilité de la famille conjugale. Il indique aussi le recul des pratiques matrimoniales traditionnelles, caractérisées par les deux règles principales : l'universalité du mariage et l'écart d'âge important entre époux. La première étant encore dominante dans la société iranienne, c'est la seconde qui tend à évoluer. L'élévation continue de l'âge au mariage des femmes, étroitement liée à l'évolution de leur statut constaté par l'accroissement de leur alphabétisation et de la prolongation de leur scolarité, constitue la caractéristique principale de ce changement.


Maryam Habibian, "Under Wrap or the Stage : Women in the Performing Arts in the Post-Revolutionary Iran"

Since the 1979 Revolution in Iran, women have been key contributors to contemporary Iranian cinema, and to a lesser extent theater and music. Contrary to the Western belief that the veil and other aspects of male dominance completely imprison women, my research demonstrates that they have sometimes been able to find their footing in cinema, theater and music. This paper traces the efforts these women have made. It outlines a frame of reference for the study of Iranian women under the Islamic Republic. Despite sometimes severe censorship, Iranian womens roles in the performing arts have been remarkably diverse in approach and style, and have represented extraordinarily powerful and unexpected visions of contemporary life.


Vali Nasr, "Sectarianism and Shia Politics in Pakistan, 1979-Present"
The Iranian revolution has left a profound mark on Pakistan's politics in general and the role of religion therein, in particular. The revolution underscored the importance of Islam to sociopolitical change, and provided impetus for Islamist activism. Iran's drive to establish regional hegemony combined with growing Sunni resistance to its Shia characteristics produced sectarian conflict. This conflict has fed on regional struggles for power between Iran and its Arab neighbors, and competition for resources and influence between Sunnis and Shias in South Asia. The result has been a new form of Islamist politics, one that draws on Islamism in tandem with identity politics. Its force has greatly impacted sociopolitical relations in the region. The more lasting impact of the Iranian revolution in the region has not been promotion of Islamist activism, but deep division between Shias and Sunnis, a sectarian discouse of power, and deepening of social cleavages in the region.

 

Chronique scientifique
J.M.Belorgey, "Laïcité et démocratie : Leçons d'un colloque franco-turc"
Le colloque franco-turc sur "Laïcité et démocratie" qui s'est tenu les 25 et 26 novembre 1999 à l'Institut français d'Istanbul, était naturellement tourné vers un effort d'élucidation de la situation turque à la lumière de l'expérience française et d'autres expériences nationales : celles de la Tunisie, du Japon, d'un certain nombre de pays d'Afrique et d'Asie. Les échanges qui se sont déroulés et les réactions du public ont révélé que le même mot peut recouvrir des stratégies différentes, que les rapports avec une religion - l'Islam, et plus particulièrement ses manifestations contemporaines - présentent des caractéristiques différentes selon que cette religion est, comme en Turquie, une composante historique de la personnalité nationale, et majoritaire, ou, comme en France, une religion allogène, cette religion serait-elle pratiquée par un grand nombre de fidèles, enfin que, dans un cadre national, même en terrain neutre, plus encore que dans un cadre international, les fausses évidences et les non-dits rendent un débat de ce type d'une fécondité aléatoire.


"La Turquie du séisme" (compte rendu du colloque tenu au CERI) par S.Chartol-Gökaltay, I.Rigoni et S.Vaner
La réunion organisée "à chaud" par le Centre d'études et de recherches internationales de la Fondation nationale des sciences politiques, a pour objectif de tenter une première approche, qui se veut pluridisciplinaire, des politiques, des pratiques, des faits et des perspectives en relation avec le récent séisme d'Izmit en Turquie (17 août 1999).

 

Chronique bibliographique
Un compte rendu de T. Muhidine sur Romantic Communist : the life and work of Nâzim Hikmet
Bien que traversant une grave crise économique, la production cinématographique turque n'en demeure pas moins une cinématographie profondément riche et diversifiée, tant par sa thématique que par son expression. Face à l'hégémonie des productions hollywoodiennes, le cinéma turc tente de survivre notamment par l'intermédiaire du fonds Eurimages du Conseil de l'Europe, dont les coproductions à dimension européenne constituent le fer de lance. Le cinéma d'auteur, soutenu par une cinéphilie toujours vaillante et par une vitalité critique, se retrouve chaque année avec les plus grands succès populaires au sein du festival international du film d'Istanbul. Si le marché cinématographique est marqué par des événements, comme la sortie de Yol en Turquie après plus de quinze ans d'interdiction, l'avènement d'une jeune génération de réalisateurs témoigne d'une maturité nouvelle du cinéma turc. En enregistrant les défis et les enjeux auxquels la Turquie est confrontée à l'aube du siècle nouveau, et en premier la question kurde, dans un contexte de rapprochement avec l'Europe, le cinéma turc plonge au cœur de l'identité nationale et de l'histoire contemporaine.

 

Chronique artistique

"Le cinéma turc fin de siècle : le primat de l'identité nationale et de l'histoire contemporaine" par Nicolas Monceau
Timour Muhidine rend compte de deux livres sur le grand poète turc Nâzim Hikmet, dont "Romantic Communist" qui évoque également le contexte un peu particulier de la vie politique et intellectuelle turque des années 1920 à 1960, la complexité des rapports entre artistes, Etat et société, le substrat culturel, les débats d'avant-garde à Istanbul etc.

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