| N°
37 |
Jeune
recherche (II) |
S
O M M A I R E
N° 37 janvier-juin 2004
Semih
VANER
Editorial
(texte intégral)
Jeune
recherche (II)
Sous la direction de Nicolas Monceau et Semih Vaner
Introduction
Gilles
Riaux
La radicalisation
des nationalistes azéris en Iran
Cet article tente de contextualiser le mouvement national
azéri dans l’Iran contemporain. A la fin des années 80,
on assiste à un renouveau culturel azéri encouragé par
la dislocation de l’URSS et l'effervescence nationaliste qui agite le
Caucase. En Iran, des intellectuels nationalistes agitent des symboles ethniques
afin de rassembler des partisans autour d’eux et appellent à une
refondation culturelle qui doit servir de socle à une nouvelle légitimité
dont ils seraient les dépositaires. La perspective d’une ouverture
de l’Iran post-khomeyniste amène les nationalistes à tenter
de participer au jeu politique afin d’obtenir des leaderships dont ils
sont exclus. Or, l’échec de l’ouverture du régime
islamique, en dépit de changements sociaux manifestes, provoque une radicalisation
des nationalistes azéris.
Emmanuel HUNTZINGER
et Ghafour VAHABI
La
révolution iranienne à travers ses exilés
Nous nous
proposons ici d’étudier la révolution iranienne de 1979
à travers le regard amer des “utopistes sacrifiés”
que la révolution a “supprimés” du corps social iranien
et qui ont trouvé un salut dans l’exil. L’histoire sera donc
construite à partir de la mémoire des exilés politiques
ayant obtenu refuge dans deux pays d’Europe occidentale, la France et
l’Allemagne. La restitution subjective du vécu d’une certaine
catégorie d’acteurs-victimes révolutionnaires, dont les
trajectoires personnelles sont profondément affectées par la Révolution,
va donc constituer la base de notre analyse.
Sophie TOURNON
Les
Turcs Meskhètes : des oubliés de l’histoire
Les Turcs Meskhètes,
ou Meskhètes, vivent en diaspora, dispersés dans toute l’URSS.
Mais rares sont les familles qui vivent dans leur patrie historique, la Géorgie.
L’article traite de l’histoire contemporaine de cette communauté
qui n’a plus que leur culture, leur langue, et leur passé de commun.
Sous Staline, les Meskhètes subirent le déracinement, l’exil,
la liberté surveillée et la punition collective héréditaire.
La déportation signa l’impossibilité du retour dans leur
pays, et ce jusqu’à présent. Nous retraçons le parcours
des principaux mouvements de Meskhètes qui tentèrent de faire
valoir leurs droits. Enfin, nous exposons les derniers espoirs qu’ils
font reposer sur la Géorgie actuelle et sur les institutions d’Europe.
Aurélie
CAMPANA
L’ethnicisation
du champ politique en Crimée
Les
Tatars de Crimée ont été déportés en mai
1944 et exclus du processus de réhabilitation de 1956. À partir
de 1988, leur retour massif dans la péninsule de Crimée a engendré
d’importants bouleversements socio-économiques et politiques. La
création d’institutions tatares a contribué à une
rapide ethnicisation des débats. Cet article analyse les usages politiques
de la mémoire dans ce processus. Le jeu politique apparaît en effet
fortement conditionné par une lecture différenciée du passé
et par une appréhension divergente des réalités sociales
et politiques présentes. L’opposition de deux systèmes de
représentations alimente les affrontements politiques : d’un côté
les Tatars érigent la déportation en moment tournant ; d’un
autre côté populations russophones, qui n’ont gardé
aucune mémoire de l’expulsion forcée, jugent leur retour
infondé.
Dans
la boule de cristal. La question irakienne dans le prisme du débat politique
russe
A
travers une analyse du débat qui s’est tenu a la Douma en mars
2003 à la suite du début de l’opération américaine
en Irak, nous nous proposons d’analyser le processus de “nationalisation”
de la question irakienne, c’est-à-dire la manière dont le
discours politique russe fait sens au niveau interne de cette question internationale,
notamment en la constituant comme exemplaire. L’analyse de cette “exemplarisation”
permettra de mettre à jour les points d’ancrage de la question
irakienne dans l’imaginaire politique russe. En effet, les constructions
de sens autour de la question irakienne, renvoient non seulement à un
positionnement politique, mais aussi à un imaginaire politique qui en
est la matrice.
Barbara KARATSIOLI
Formes
de violences entre Chypriotes turcs et Chypriotes grecs en cohabitation
La
partition de Chypre depuis la guerre 1974, avec la communauté chypriote
turque au nord et chypriote grecque au sud, rend particulièrement singulière
au plan local, la cohabitation entre ces deux communautés. Je propose
de comprendre comment Chypriotes grecs et Chypriotes turcs, en situation de
cohabitation, instrumentalisent le conflit et usent de différents types
de violence comme facteur d’union et de désunion dans leurs relations
quotidiennes. Qu’elle soit tacite ou exprimée, il importe d’appréhender
la violence (collective ou individuelle) à la fois entre les communautés
sur le lieu de cohabitation, et, entre les communautés locales et les
autorités « étatiques ». Dans ces quatre études,
la pratique de la violence n’est pas sans lien au territoire.
Levent
ÜNSALDI
Le
système de valeurs de l’armée turque
Bénéficiaire
de l’héritage ottoman, détentrice de certains privilèges
institutionnels, portée par l’exaltation nationaliste et renforcée
par l’emprise que la conscription lui offre, l’armée en Turquie
constitue aujourd’hui un acteur permanent de la vie politique, un acteur
qui, même s’il se retranche périodiquement dans ses quartiers,
n’en continue pas moins à l’arrière-plan d’influencer
les destinées nationales. Cet article a pour objectif central d’étudier
le système de valeurs de cette armée et d’en évaluer
l’impact sur son engagement dans les affaires de l’État.
La
société civile turque dans le défi de l’altermondialisation
Le
mouvement, précédemment nommé anti-mondialisation, n’a
jamais été contre la mondialisation ; s’agissant de coordination
et de coopération des groupes qui le constituent, il est entièrement
mondialisé. Pourtant, le niveau de participation de tous les pays n’est
pas égal. Notre volonté d’étudier la place de la
Turquie dans le mouvement vient de ce constat de non-représentation de
plusieurs pays, notamment de ceux du Moyen-Orient, dans ce dernier. L’objectif
principal de l’article est donc d’expliquer, autour de ce phénomène
de participation, le poids du mouvement altermondialiste turc à l’heure
actuelle, les interactions à l’intérieur de la société
civile ainsi qu’observer les problèmes de représentation.
Nous tenterons ainsi de comprendre la présence insuffisante de la Turquie
par ses propositions et solutions dans le processus de contribution au mouvement
altermondialiste.
Demet LÜKÜSLÜ
L’invention
de la jeunesse par l’État ottoman et turc
La jeunesse, en tant que catégorie sociale, est une «
invention » de la modernité, une « construction » de
la société moderne, urbaine et industrialisée. Dans le
cadre de cet article, l’invention de la jeunesse par l’État,
le redressement des jeunes à travers l’éducation de l’esprit
et aussi celle du corps, est contextualisé dans le cas turc. Ainsi, avec
une approche historique datant du XIXe siècle, du mouvement de modernisation
dans l’Empire ottoman, on essaie de faire une histoire de la jeunesse
turque afin de mieux comprendre le rôle que la jeunesse a joué
dans l’histoire de la Turquie moderne depuis le XIXe siècle.
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* *
Michel MAKINSKY
L’Iran
entre brouillards et tempêtes
L’Iran
affronte en 2005 des défis redoutables. La nouvelle majorité conservatrice
au Majlis s’avère plus radicale que prévu et un clivage
apparaît entre celle-ci et les pragmatiques incarnés notamment
par l’ancien Président Rafsandjani. Ce dernier était candidat
aux élections présidentielles du 17 juin. Il embarrasse les conservateurs
ultras comme les réformateurs qui pourraient devoir composer avec lui.
La scène internationale est aussi hasardeuse avec le dossier nucléaire
où Téhéran est exposé à une crise avec l’AIEA
débouchant ou non sur une saisine du Conseil de Sécurité
de l’ONU sur fond de menaces de frappes israéliennes ou américaines.
Si l’horizon s’éclaircit, le nouveau Président tentera-t-il
une réconciliation avec Washington ? Rafsandjani semble avoir l’envergure
voulue. Le nouvel Irak ne paraît pas créer le « croissant
chiite » craint des monarchies du Golfe mais pourrait concurrencer, s’il
survit, le modèle de Qom. Téhéran doit, de plus, gérer
une relation complexe avec Moscou, envisager l’éventuelle reconversion
du Hezbollah libanais, faire des choix difficiles sur Israël et développer
ses appuis extérieurs.
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Chronique
scientifique
Nicolas MONCEAU
, "Enquête sur les élites de Turquie"
Dans le cadre du débat actuel sur l’adhésion de la Turquie
à l’Union européenne, relancé par la décision
du Conseil européen de Bruxelles de décembre 2004, une enquête
sur les élites de Turquie a été lancée à Istanbul
le 17 décembre 2004 sous la direction scientifique de Nicolas Monceau par
l’équipe CIDSP de l’UMR 5194 PACTE (CNRS - IEP de Grenoble).
Fruit d’une collaboration franco-turque, ce travail de recherche est la
première et la plus complète enquête de terrain menée
par un laboratoire européen de recherche en sciences sociales sur la vie
politique turque contemporaine. Les objectifs de cette enquête visent à
mieux connaître les élites de Turquie, leurs trajectoires et profils
socio-professionnels et politiques, ainsi qu’à mesurer leurs opinions
et jugements politiques sur les grands enjeux liés à la construction
européenne et à l’intégration européenne de
la Turquie. Plusieurs thèmes sont abordés dans l’enquête,
comme l’adhésion à l’Union européenne, la démocratie
et les droits de l’Homme, et le rôle des autorités militaires,
de la société civile et des élites dans la vie publique turque.
Baskin
Oran, Les minorités en Turquie : concepts, théorie, Lausanne,
législation interne, jurisprudence, pratique, par Samim Akgönül
Olivier
Roy, La laïcité face à l'islam, par Samim Akgönül
Ioannis
Kalfoglous, Géographie historique de l’Asie Mineure,
par Anastasia Falierou
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Catherine
WIHTOL DE WENDEN
Hommage
à Rémy Leveau (texte intégral)


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