S
O M M A I R E
N° 38 juillet-décembre 2004
Semih
VANER
Editorial
Islam au Caucase
Sous la coordination de Sylvie Gangloff
Introduction
Galina YEMELIANOVA
Islam in the North Western-Caucasus (Kabardino-Balkariia, Karachaevo-Cherkessiia-Adyghea)
Since 11 September 2001 Islam and Islamic fundamentalism, in particular, have been at the centre of media, academic and political debate in the West, the Islamic East and in the post-communist Eurasia. This debate, however, has been dominated by a decontextualized approach portraying Islamic radicalism as a homeless global force, disconnected from real people, places and histories. In reality, it has numerous regional and ethnic forms that are rooted in particular local cultural contexts, traditions, ways of life, and political and social structures. This article seeks to explore one such distinctive Muslim community represented by the Muslims of the north-western Caucasus which is administratively divided between Russia’s Muslim autonomous republics of Kabardino-Balkariia, Karachaevo-Cherkessiia and Adyghea.
Jean RADVANYI
Le Daghestan, par delà les idées reçues
A lire la presse russe, le Daghestan serait un baril de poudre prêt à exploser sous l’influence conjuguée d’un islamisme radical omniprésent, d’une crise économique et sociale qui en ferait l’un des sujets les plus pauvres de la fédération et de tensions interethniques devant conduire inéluctablement à son éclatement. Les enquêtes de terrain montrent cependant que la situation est plus complexe que ce simple constat. Les facteurs islamiques et ethniques sont omniprésents mais doivent être revisités à la lumière des mutations très profondes qui bouleversent cette république du Caucase russe.
Mikhail ROSHIN
Sufism and Fundamentalism in Dagestan and Chechenya
(texte intégral)
This paper is based on personal field researches in the area. It tells about particular features of sufism in Chechnya and Dagestan. Regional Muslim intellectual centre of North Caucasus is Dagestan which is described as the land of sheikhs per excellence. The author gives a detailed description of Muslim organizations in Dagestan. The rising of radical Islam (“Wahhabism”) is shown as an important phenomenon for all North Caucasus. Between two wars in 1997-1999 “Wahhabism” started to disseminate quickly in Chechnya. The author tells the story of Jihad in Dagestan mountains in August-September 1999. The defeat of the radical Muslims led to repression, punitive operations and reactions and opened the way to the Second Chechen war.
Frédérique LONGUET-MARX
Le Daghestan : islam populaire et islam radical
De tradition soufie, l’islam revêt aujourd’hui des formes diverses – et parfois nouvelles – au Caucase du Nord-Est. Les confréries n’agissent plus dans l’opposition comme à l’époque soviétique mais font partie des instances officielles. L’islam populaire se développe avec un accroissement très sensible du nombre des cheikhs. Les lieux d’enseignement et de prière se multiplient. Le « wahhabisme », forme d’islam radical, se développe réellement au Daghestan au milieu des années 1980. Il est interdit depuis 1999 mais les attentats d’origine à la fois mafieuse et politico-religieuse sont quasi quotidiens. La zone de conflit ne semble plus circonscrite à la Tchétchénie et on peut se poser aujourd’hui la question d’un embrasement général dans l’ensemble de ces petites Républiques du Caucase du Nord.
Le conflit en Tchétchénie : vers une radicalisation religieuse ?
L’actuel processus de radicalisation religieuse du mouvement d’opposition tchétchène est étroitement lié au durcissement de la politique menée par les autorités moscovites et par leur refus de négocier avec les séparatistes. Le mouvement d’opposition tchétchène est ici analysé de l’intérieur. En fait, seule une partie des activistes tchétchènes a choisi la voie de la radicalisation. Après avoir été sérieusement affaiblis par les attaques russes de 1999/2000, les séparatistes tchétchènes sont parvenus à reconstituer leurs forces et à restaurer leur stratégie d’opposition. Enfin, aucun consensus ne se dégage sur le rôle que les institutions occidentales pourraient jouer dans la régulation du conflit.
Musa JUSUPOV
Le conflit russo-tchétchène : structures, dynamiques et mode de régulation
Les facteurs à l’origine du conflit russo-tchétchène sont d’ordre historique, idéologique, socio-économique et politique. Le conflit est ici analysé à travers ses divers participants et leurs objectifs particuliers, offrant, par ailleurs, une typologie des principales forces politiques présentes en Tchétchénie avant 1994. Après avoir décrit en détail le processus ayant abouti au déclenchement des hostilités, sont exposées les rivalités internes aux camps russe et tchétchène, rivalités qui ont conditionné la nature du conflit, plus que le « terrorisme international » qui relève du domaine du mythe. En conclusion, différents modèles conceptuels de régulation des conflits sont envisagés pour trouver une issue au conflit en Tchétchénie.
Antoine CONSTANT
L'État et le fait religieux en Azerbaïdjan
A l’instar d’autres régions de l’espace post-soviétique, l’Azerbaïdjan est confronté à l’ardeur missionnaire de courants religieux divers, qu’ils soient musulmans d’obédiences rivales ou chrétiens évangélistes. Nation peu portée au messianisme religieux, comme le montre la conduite très laïque du conflit du Karabakh, l’Azerbaïdjan se voit soudainement intégré lui aussi sur le grand marché des religions. Très actifs, certains mouvements prennent de surcroît l’aspect de filiales de sous-traitance liées à des nations étrangères soupçonnées par ce biais d’exporter leur modèle politique. Source potentielle d’antagonismes internes ou vecteurs d’influence perçus comme une menace à une souveraineté récemment conquise, Bakou s’est doté d’une législation à tonalité protectionniste qui veut combiner liberté de conscience et contention des extrémismes.
L’action des Fethullahci en Azerbaïdjan
Dès l’indépendance de l’Azerbaïdjan, la néo-confrérie nurcu dirigée par Fethullah Gülen a utilisé les trois leviers du commerce, de la presse et de l’éducation pour proposer et promouvoir un « modèle turc » de l’Islam. Son prosélytisme discret, s’appuyant principalement sur un réseau d’écoles privées, rencontre dans le pays un écho favorable tandis qu’il sert, bon gré mal gré, les intérêts de la politique extérieure turque.
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Iran MOHAMMADI-HEUBOECK
" Regards sur le mouvement ethnique au Kurdistan iranien "
Les affrontements violents entre les divers gouvernements iraniens au XXe siècle et la minorité kurde, partisans d’une autonomie, montrent l’émergence d’une conscience ethnique face aux politiques centralisatrices en place. La dynamique de cette identification, résultant d’une interaction des trois niveaux : local (les régions kurdophones du pays), national (l’Iran entier) et régional (les Kurdes en dehors du pays), a évolué depuis la révolution de 1979. En tenant compte de la jeunesse au sein de la société, trois orientations possibles de cette dynamique sont ici dégagées : adoption des intérêts nationaux dans le rejet de kurdicité, cohabitation pacifique d’éléments d’identité kurde et iranienne et rejet total de tout ce qui n’est pas kurde.
Gilles RIAUX
" Etre jeune militant nationaliste azéri en Iran "
Cet article analyse l’engagement nationaliste des jeunes Azéris d’Iran à travers trois angles complémentaires. D’abord, une approche en terme d’espaces de mobilisation explique comment les futurs militants accèdent à un discours d’opposition au régime islamiste. Ensuite, l’analyse se déplace vers les logiques de l’engagement militant, que ce soit en terme de déterminants ou de rétributions. Sortir d’une approche macrosociologique et s’intéresser à l’expérience vécue permettent de mettre en évidence l’importance des dimensions affective et identitaire. Enfin, la dimension cognitive de l’engagement est étudiée en questionnant les concepts d’habitus et d’articulation des univers de sens. Ainsi apparaissent les contours d’une jeunesse iranienne polysémique qui a en commun des préoccupations et des difficultés, mais les exprime de manière différenciée.
Julien ZARIFIAN
La montée du kémalisme en Cilicie. 1919-1920 : l'administration française du Sandjak de Kozan face au nationalisme turc
L’article décrit la situation dans le sandjak ottoman de Sis/Kozan, en Cilicie, au sortir de la Première Guerre mondiale, alors que la région est sous administration française. Le capitaine Taillardat, en poste à Sis en tant qu’administrateur, a à gérer une situation économique et sociodémographique difficile. Malgré des résultats de restructuration générale qu’il pensait encourageants, le capitaine voit très vite des sentiments nationalistes se développer parmi les populations musulmanes du Kozan et en particulier chez les notables turcs. Outre la montée progressive de ce nationalisme, devenant peu à peu kémalisme, et la gestion de cette situation par les groupes en présence (entre autres les Arméniens), et par les autorités françaises, l'étude décrit les victoires des troupes kémalistes, et notamment, en conclusion, le siège et la prise de Sis et la chute sanglante de la cité arménienne de Hadjine.
Halkawt HAKIM
L’Irak : de la Constitution intérimaire ŕ la Constitution permanente (texte intégral)
L’élection du premier Parlement, le 15 décembre 2005, ouvre la voie à la mise en place de la « Constitution permanente » pour une période de quatre ans. Les vainqueurs, les chiites (128 sièges) et les Kurdes (59 sièges), affirment qu’aucun changement ne sera apporté à ses fondements et, surtout, au fédéralisme, une des “conditions” imposées par les Arabes sunnites pour qu’ils participent aux élections. Les chiites n’ont pas obtenu la majorité absolue qu’ils avaient obtenue dans le Parlement intérimaire, notamment à cause de la participation des Arabes sunnites qui boycottaient, jusque-là, toute sorte d’élections. Les engagements se multiplient pour affirmer que, cette fois-ci, tous les articles de la Constitution seront appliqués. Rien n’est moins sûr, surtout en ce qui concerne Kirkouk.
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Chronique
bibliographique
Samim AKGÖNÜL
Rémy Leveau, Khadija Mohsen-Finan (dir.), "Musulmans de France et d’Europe " ; " Claire Copeaux-Mauss, Etienne Copeaux, Taksim ! Chypre divisée"
Semih VANER
Hommage à Stéphane Yerasimos
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