| N° 7 | Le clientélisme de parti en Europe du Sud |
S
O M M A I R E
N° 7 janvier - juin
1989
PAPADOPOULOS Yannis, VANER Semih
Les projets de recherche qui suivent cette étude préliminaire visent à une mise à jour de la connaissance du clientélisme et s’efforcent de combler de ce fait des lacunes certaines. En effet, une telle recherche aidera à comprendre ce phénomène dans ses différentes modalités, expliquables par exemple à travers les particularités des systèmes politiques nationaux, mais aussi à saisir le fonctionnement même de ces systèmes, et, plus généralement, les formes de l’échange politique. L’appréhension des transformations du clientélisme ne peut se faire que moyennant une clarification conceptuelle préalable et l’évaluation critique de la pertinence des outils théoriques dont nous disposons.
PAPADOPOULOS Yannis
Cet article ne prend en compte que les textes publiés. Par ailleurs, les textes écrits en grec ne sont pas mentionnés, car ils sont inaccessibles à de trop nombreux chercheurs qui ne maîtrisent pas cette langue. Enfin, la prise en compte des textes comparatifs, dans laquelle la Grèce est citée comme un cas parmi d’autres n’est pas exhaustive. Il est significatif concernant la relative pauvreté de la littérature sur le clientélisme en Grèce qu’il n’y ait pas de contribution grecque dans un ouvrage classique comme celui édité par Gellner et Waterbury où figurent des travaux sur l’Italie, la Turquie ou même Malte.
CAZORLA José
Dès leur apparition sous le règne d’Isabel II, les partis politiques sont étroitement liés au structures du caciquisme-clientélisme ; cela dura un siècle, jusqu’à la guerre civile de 1936. Avec la restauration de la démocratie, en 1977, ces liens réapparaissent, mais sous de nouvelles formes et limités aux régions les moins développées sur le plan économique.
Le concept de clientélisme attire peu les chercheurs en sciences sociales qui travaillent sur la Turquie. Or l’utilisation de ce concept paraît fort utile pour l’appréhension de la réalité politique turque, notamment depuis l’accession au pouvoir de l’ANAP, en 1983.
SOYSAL Mümtaz
Considérée sous l’angle juridique, l’histoire du constitutionnalisme républicain en Turquie n’est qu’un continuel mouvement de pendule entre l’autorité et la liberté. Fruit d’une élite moderniste, la Constitution de 1961 aurait pu mener à une véritable transformation sociale, si elle avait été soutenue par les forces sociales conscientes de leur rôle. L’instauration d’un véritable contrat social reste le but du constitutionnalisme républicain en Turquie.
VAZIRI Chahrokh
A la suite du déclenchement de la première guerre mondiale, l’Iran fut occupé, en dépit de sa neutralité, par les Ottomans, les Russes et les Anglais. L’affaiblissement du pouvoir central, ainsi que l’ingérence anglo-russe dans les affaires du pays, provoquèrent une série de mouvements de contestation et de révolte dans différentes régions du pays. Ces mouvements furent encouragés par la révolution d’Octobre et l’abolition par les nouveaux dirigeants soviétiques des privilèges dont jouissait en Iran la Russie tsariste. Le plus important de ces mouvements fut sans doute le mouvement de guérilla connu sous le nom de djangal (forêt). Déclenché à partir de 1915 dans les forêts du Gilân et du Mâzandarân (nord de l’Iran), la guerilla « djangali » (appartenant à djangal) était avantagée par la tradition de lutte pour le progrès qu’incarnait la région du nord du pays. Située aux frontières de la Russie, cette région était depuis longtemps en contact avec la social-démocratie russe et européenne. Le programme du mouvement djangal pouvait être qualifié de réformiste radical. Il fut inspiré par le socialisme démocratique, l’islam progressiste et les traditions nationales de l’Iran. L’utilisation de l’islam était à cet égard instructif car, si les références à l’islam furent constantes dans le programme de djangal, il ne s’agissait absolument pas de la mise en pratique des règles et des lois religieuses, mais plutôt d’un islam laïcisé qui fut utilisé comme motivation idéologique. La priorité accordée à l’iranité sur l’islamité fut également l’une des caractéristiques de ce programme.
JUSTER Alain
L’article expose succinctement certains aspects de la pensée développée par Henry Corbin au regard de ses conséquences politiques. Celles-ci sont parfois évoquées dans l’œuvre de ce philosophe orientaliste mais de manière implicite, car son intérêt pour la cité semblait, aux yeux de notre auteur, secondaire ou même inexistant. Il tente néanmoins de déduire sa vision politique sous-jacente.
Chronique bibliographique
YERASIMOS Stéphane, "Richard Cooper Repp, The Müfti
of Istanbul. A study in the Development of the ottoman Learned Hierarchy,
Londres, Ithaca Press, 1986, XXII, 325 p."
L’ouvrage
est l’exemple même d’un travail d’érudition.
L’auteur, en mobilisant le plus grand nombre de sources disponibles, biographies
des lettrés et documents d’archives, reconstitue jusqu’au
plus petit détail la carrière des ulemas et notamment des müftis,
jusqu’au milieu du XVIe siècle. Il explique que l’apparition
et le renforcement progressif de la fonction du müfti jusqu’à
l’occupation de ce poste par Ebüssu’ûd Efendi et suit
la mise en place de la hiérarchie des charges, qui ne prendra sa forme
définitive qu’à partir de la fin du XVIe siècle.
PÉCHOUX
Pierre-Yves, "Semih Vaner (dir.),
Le différend gréco-turc, Paris, L’Harmattan, 1988,
282 p. "
Recueil
de communications venant de juristes, historiens, politologues, sociologues
capables de s’écouter les uns les autres et d’analyser aussi
sereinement que solidement les nationalismes dont les effets affectent à
diverses échelles leurs patries respectives plutôt que de se borner
à exprimer des positions de principes.
CORYELL
Schofield, "Richard C. Campany, Turkey and the United States : The
Arms Embargo Period, New York, Praeger, 1986, 146 p."
Cette étude
compacte d’un officier de l’armée américaine tente
d’éclairer les motivations et les manœuvres des Etats-Unis
pendant la période de l’embargo sur les armes que le gouvernement
américain a imposé à la Turquie à la suite de son
intervention à Chypre en juillet-août 1974.
BOZARSLAN
Hamit, "Mehmet Dogan, Türkiye Kültür ve Sanat Yilligi,
Ankara, Türkiye Yazarlar Birligi, 1987, 496 p."
Cet annuaire
qui peut être considéré comme l’un des points culminants
du renouveau des intellectuels islamistes en Turquie est remarquable, d’abord
par la richesse de son contenu. Il se propose de rendre compte de l’«
étude et de l’appropriation du passé » et nous permet
de suivre l’évolution des intellectuels islamistes en Turquie et
les diverses tendances qui ont émergé parmi les hommes de lettres
issus de ce courant.
LAÏDI
Zaki, "Turquie - Etudes économiques de l’OCDE 1987-1988,
Paris, OCDE, 1988, 128 p."
Le document
de l’OCDE souligne le principal succès de la politique d’ajustement
structurel mené par Ankara depuis 1980 : la politique commerciale. La
baisse du taux de change de la livre, combinée à la réduction
progressive des taxes à l’importation, a permis de modifier la
structure des exportations (aujourd’hui composé à 80 % de
produits manufacturés) et surtout d’orienter 63% des exportations
turques vers les pays de l’OCDE, faisant de ce pays un NPI. Reste le problème
de la dette dont le fardeau s’alourdit du fait de la dépréciation
de la monnaie et des privatisations difficiles à réaliser dans
un marché financier étroit.
KAMRANE
Ramine, "Mémoires, notes et carnets du Dr. Ghassem Ghani,
tome III (Ambassade à Ankara), Mondres, 1980, 360 p."
Le troisième
tome des mémoires de Ghani concerne les notes journalières qu’il
a rédigées pendant son ambassade en Turquie. Tout en étant
d’une lecture très agréable, elles apportent des éclaircissements
loin d’être négligeables quoique indirects en ce qui concerne
les relations diplomatiques entre la Turquie et l’Iran, de ce fait elle
ne sauraient être ignorées par les chercheurs qui s’intéressent
à ce sujet.
KAMRANE
Ramine, "Mémoires de Ali Akbar Siassi, tome I, Londres,
chez l’auteur, janvier 1988, 311p. "
Contrairement
à la plupart des mémoires d’hommes politiques iraniens l’intérêt
majeur de ce livre tient moins aux informations inédites qu’il
contient, qu’à l’accent mis par l’auteur sur un fait
très significatif, à savoir l’autonomisation de l’élite
universitaire iranienne pendant la période 1941-53 (l’auteur a
été un artisan de cette autonomisation) et la révocation
de ce statut après le renforcement du pouvoir royal en 1954..