| N° 9 | Populisme en Turquie, identité en Iran |
S
O M M A I R E
N° 9 janvier - juin
1990
KAZANCIGIL Ali
L'histoire ottomane-turque a été marquée par l'existence d'un Etat centralisé fort. La modernisation qui a été engagée par la République kémaliste, à partir des années 1920, s'est conformée à cette tradition : elle fut autoritaire et imposée par le haut. Cependant, à mesure que les réformes kémalistes transformaient la société, une société civile de plus en plus structurée et organisée a émergé. Sans pouvoir encore contrebalancer l'énorme poids de l'Etat turc, désormais, c'est cette société civile qui est le moteur de la modernité en Turquie.
ARTUNKAL Tugrul
L’auteur se propose de tenter de cerner l’émergence et l’évolution dans la vie culturelle turque du concept de « peuple » comme un véritable mythe. Mythe et culte. Avec ses chapelles et ses exégèses schismatiques…
BOZARSLAN Hamit
Artiste, intellectuel, cinéaste, prisonnier politique, Y. Güney a marqué toute une génération de Turcs : il a été le porte-parole de tous les exclus et les marginaux, dont il est en quelque sorte devenu le guide. Voir à la suite, p. 41-48 : Sadria, Modj-ta-ba : « En souvenir de certaines images turques (notes pour Güney) ».
SADRIA, Modj-ta-ba
Cette note, après un bref aperçu de la situation globale du cinéma en Turquie et la place que Güney s’y est taillé, précise ensuite la nature du discours politique de ce cinéaste avant de dégager la dimension internationale de son œuvre.
BENUSIGLIO Yvette
Le quotidien, créé il y a une vingtaine d’année, prend un essor particulier au cours des années 1980, en raison principalement de la décision des militaires, après le coup d’Etat de 1980, de ménager une place plus importante à l’islam dans l’enseignement, en vue de barrer la route aux idées de gauche. L’article propose une étude poussée de ce journal et souligne les deux idéologies, pas toujours compatibles entre elles, qu’il véhicule. D’une part l’idéologie de la « synthèse turco-islamique » qui tente d’unir durablement la turcité et l’Islam, et de l’autre un groupe d’islamistes purs et durs pour lesquels seule compte l’Umma, l’union de tous les musulmans, au détriment de tout sentiment nationaliste. Ces deux groupes ont plusieurs points communs; l’un de ceux-ci est l’éducation et l’enseignement qu’ils souhaitent soustraire définitivement à l’enseignement laïque de l’Etat en conservant toutefois les études qui favorisent le développement de la technique, au détriment de toutes études abstraites et de tous débats d’idées.
YAVARI D’HELLENCOURT, Nouchine
Lors des grandes manifestations de masse de 1978, les manifestants ont couvert les murs de Téhéran de slogans politiques. L’article se fonde sur ces slogans muraux pour mettre en évidence l’articulation entre revendication identitaire et rejet de l’étranger qui est une des clés, selon elle, de la compréhension des différentes étapes du processus révolutionaire en Iran, de ses conflits internes poussés jusqu’à la rupture de son potentiel de transformation et d’évolution.
KAMRANE Ramine
Mirza Malkam Khan (1833-1908) est l’un des plus illustres et peut-être le plus brillant des intellectuels modernistes de la fin du XIXe siècle. Ses idées peuvent être divisées en deux parties : réforme de l’Iran par l’occidentalisation / par l’islamisation, dont le passage de l’une à l’autre constitue l’objet du présent article.
FARELO LOPEZ Fernando
Les tendances qui se dégagent des travaux sélectionnés suggèrent l’émergence d’un clientélisme de parti assez généralisé pour la première fois au Portugal, qui n’exclut pas la présence résiduelle d’autres formes de soutien personnel. Il va sans dire que les recherches ultérieures doivent permettre de confirmer ces suggestions et de poser toute une série de questions sur la persistance du clientélisme dans un cadre social et politique renouvelé.
Chronique bibliographique
PICARD Elizabeth, "Georges Corm, L’Europe et l’Orient.
De la balkanisation à la libanisation. Histoire d’une modernité
inaccomplie, Paris, La Découverte, 1989, 384 p."
Dans ce
nouvel essai, Georges Corm élargit la perpective de sa réflexion
amorcée dans ses précédents ouvrages en la poursuivant
à partir du contexte international des XIXe et XXe siècle. L’insistance
sur les vertus, même imparfaites, tant de la formule impériale
que des élites de l’époque libérale, fait la force
de cet ouvrage passionnant.
KITSIKIS
Dimitri, "Kostas P. Kyrris, Turquie et Balkans, Athènes,
Hestia, 1986, 357 p."
Ouvrage
exemplaire, réunissant inconsciemment tous les clichés de l’historiographie
balkanique et singulièrement grecque contre le Turc n’ayant apporté
à l’histoire des Balkans que ruine et deuil. Cet essai d’un
historien professionnel n’a aucun rapport, même lointain, avec l’objectivité
historique. Pour l’auteur, la société ottomane n’aurait
été qu’une tyrannie de brutes asiatiques, défendue
par les historiens turcs actuels qui seraient tous panislamistes. A lire non
comme un livre d’histoire mais comme objet d’étude du phénomène
pathologique du nationalisme balkanique, qui frappe surtout les historiens de
la région.
BEHAR
Cem, "Jean During, La musique traditionnelle de l’Azerbaïdjan
et la science des muqams, Baden Baden et Bouxwiller, Editions Valentin
Koerner, 1988, 220 p."
La tradition
musicale azérie reçoit, avec le livre de Jean During, une partie
de l’attention qu’elle mérite sans conteste. Dans cet ouvrage
fort bien documenté, et amplement fourni en exemples musicaux, During
ne se limite pas à l’examen des aspects techniques, historiques
ou purement musicologiques de la musique azerbaïdjanaise. Il prend, bien
au contraire, soin de situer la pratique musicale dans son contexte géographique
et culturel où les apports de maintes civilisations ont contribué
à la constitution du fonds musical azéri. Un des grands mérites
de Jean During est, précisément, d’avoir su, à chaque
pas, mettre en évidence la spécificité de la tradition
azérie par rapport aux aires culturelles persane, arabe ou turque-ottomane.